Nuits de Chine, nuits câlines

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jeudi 4 février 2010

Une confiance aveugle

Le vieux paranoïaque que je suis a quelques difficultés notables avec la confiance - ou plus exactement avec son étendue. Comme beaucoup de mes contemporains, du moins je le pense, j'accorde divers niveaux de confiance selon les personnes qui la sollicitent. Entre un inconnu et l'Héritier, il est évident que le niveau de confiance ne sera pas le même[1]. Toutefois, même pour ceux qui me sont les plus proches, ma confiance ne saurait être aveugle.

Sauf lundi dernier, où par obligation il m'a fallu m'en remettre totalement à ma CeT. Suite à un examen occulaire avec dilatation de la rétine[2], je me suis retrouvé pendant quelques heures dans l'incapacité de voir normalement. Et la très piquante lumière hivernale du vif soleil qui régnait sur la région n'arrangeait rien. J'ai dû m'en remettre totalement à ma CeT, qui m'a guidé dans les rues de notre belle et grande ville tel l'aveugle que j'étais temporairement.

Pour tout dire, elle a apprécié l'exercice, qui s'est bien passé. Elle ne pouvait juste pas prévoir que des panneaux de signalisation sortiraient spontanément du sol à quelques centimètres de mon visage, rendant impossible tout évitement.

Notes

[1] Entre une BAGN et l'Héritier non plus.

[2] Je viens de réaliser ce que examen occulaire avec dilatation peut contenir comme potentiel scabreux.

vendredi 22 janvier 2010

Autorité et responsabilité

Une fois n'est pas coutume, le titre de la présente note n'est pas celui qui m'est venu spontanément[1]. Je n'irai pas jusqu'à dire que je me suis censuré, mais j'ai opté pour un titre peut-être moins percutant, plus politiquement correct, mais surtout moins apte à des interprétations complètement aux antipodes de ce que je veux dire. Et pourtant, j'aime bien ça, que l'on se trompe sur le contenu de ma note (Gorge profonde est toujours dans le top des notes lues et des mots-clés recherchés).

Depuis maintenant un peu plus de trois ans, je suis inscrit sur les listes d'experts de justice de notre jolie Cour d'Appel. Tout venant à qui sait attendre, je commence à recevoir des dossiers - certes pas une avalanche, juste ce qu'il faut pour commencer. Surtout du civil, même si quelques dossiers rouges[2] se glissent dans la pile. J'ai encore peu de recul sur la pratique expertale, il s'en faut de beaucoup.

L'expert n'a aucun pouvoir particulier, et c'est une très bonne chose : nous sommes avant tout des techniciens, ni juristes, ni policiers, ni juges. Notre autorité, dans un dossier, est basée sur notre maîtrise technique et sur le fait d'avoir été désigné par un magistrat. En dehors d'un dossier, nous ne sommes rien que des professionnels d'un domaine d'activité. Dans le dossier, nous ne sommes rien que celui qui doit apporter des réponses au magistrat - mais rien de moins, les dites réponses pouvant avoir un impact significatif sur le règlement du dossier.

La responsabilité n'est pas mince. Elle est même terrible.

Pas terrible au sens de génial quand est-ce qu'on recommence ?. Ni au sens de ce que je trouve me terrifie. Non, juste au sens de on n'interagit pas à la légère avec la vie d'individus. Car un dossier d'expertise, au civil comme au pénal[3], ce sont d'abord des êtres humains (ou des personnes morales, mais représentées par des humains). Le rapport d'expertise fera que je serai peut-être qualifié de génie universel par l'un et de moins que rien par l'autre - mais dans tous les cas ce travail aura une influence, qui peut être profonde, sur des individus, leur vie, leur fortune[4].

Je n'imagine pas un expert de justice traitant un dossier par-dessous la jambe.

Notes

[1] Non, vous ne saurez pas le titre auquel je pensais.

[2] Mon code de couleurs personnel : bleu ou vert pour le civil, rouge pour le pénal.

[3] Au pénal, c'est évident et il y a des gens-en-bleu qui interagissent bien plus que ce que je ne peux faire avec la vie des personnes concernées.

[4] Au sens étymologique du terme.

samedi 9 janvier 2010

Quand ça part en vrille...

La vie peut être très drôle. Même au détour d'un appel téléphonique, il y a quelques temps déjà, dans le cadre d'une expertise (au civil). J'avais besoin d'informations, et je m'enquérais auprès du fournisseur d'un certain service.

Tout a commencé par un très classique Bonjour, Nuits de Chine à l'appareil, expert de justice, je souhaite parler à Mme JoliNom s'il-vous-plaît, dit de ma voix qui, si elle n'est pas veloutée au point d'en donner des frissons à distance, n'en est pas moins assez éloignée de la crécelle.

Je m'attendais à plein de réponses de la part de ma correspondante, mais pas à un Pourquoi tant de haine ? sussuré d'une voix aussi interrogative qu'amusée. Il n'y a à mon avis que deux réactions à pareille réplique : on prend la mouche ou on sourit. Ce fut le second choix pour moi, et l'échange, tout en me permettant d'atteindre mon objectif (ou presque), a tangenté le grand n'importe quoi par moments.

Petit florilège :

  • Elle : Hooo je ne sais pas si je vais vous la passer, elle est très occupée et vous me semblez un bien vilain garçon.
  • Elle : On me dit qu'elle est allée se cacher dans une armoire. Peut-elle vous rappeler ? Moi : Bien sûr. Comme je suis souvent en déplacement je vous donne mon fixe et mon portable. Elle : Voilà une bonne initiative, enfin un homme intelligent.
  • Elle, après que je lui ai donné mon numéro fixe : Vous êtes dans le ... sud-ouest ? Il doit faire beau là-bas, non ? Moi : C'est vrai mais, vous savez, 20 degrés en novembre, c'est difficile à supporter. Elle : Haaa, les coups bas sont interdits !

J'ignore si cette personne accueille téléphoniquement tout le monde de la même manière - ce pourrait être risqué pour elle si elle tombe sur un chagrin. Il faut cependant reconnaître que c'est bien plus agréable que les portes de prison sur lesquelles on tombe parfois. Cinq minutes de rire valant paraît-il un bon steak, nous avons bien mangé.

mercredi 30 décembre 2009

Difficultés de communication dans le couple

Ceux qui ont la chance (ou la malchance, tout dépend du point de vue) d'être en couple savent que, parfois, il n'est pas facile de communiquer avec sa moitié. J'ai eu droit à

Est-ce que tu sais où j'ai mis le truc, pour le tralala ?[1]

Je fais quoi, moi, avec une pareille question ?

Notes

[1] Aucun sous-entendu sexuel dans la question.

mardi 1 décembre 2009

La semaine de tous les dangers

Un rapport d'expertise civile (dans les délais) et un rapport d'expertise pénale (un peu en retard, mais le magistrat est informé et a donné son accord) à rendre.

Mais surtout ma CeT a passé l'épreuve de conduite du permis vendredi dernier. Jeudi soir dernier, je lui ai mis mon téléphone portable dans les mains, et elle était tellement nerveuse que ça a rechargé la batterie. Cette semaine, nous attendons le résultat. Dixit :

  • si j'ai le permis, je me bourre la gueule pour fêter ça
  • si j'ai pas le permis, je me bourre la gueule pour oublier ça.

Autant dire que je suis chez moi, à distance, et j'attends que ça se passe.

mercredi 25 novembre 2009

Les S&W de ma CeT

La semaine dernière, j'ai fait un rapide saut dans le blizzard de Normandie[1] pour une visite chez un client. J'en parlerai peut-être dans une autre note. Au retour, je me suis arrété à Paris pour passer un après-midi à visiter un salon professionnel.

Et pas n'importe quel salon, puisque c'était Milipol'09. Voui, le salon des marchands de tout ce qui fait bang ou boum, plus plein d'autres trucs rigolos autour (genre le matériel pour entrer très rapidement dans un immeuble afin d'y faire bang sur des méchants, ou pour examiner l'intérieur des gens pour s'assurer qu'ils ne transportent rien de bizarre dans leur estomac ou tube digestif[2]). Comme je suis un type galant, j'ai ramené quelque chose pour ma CeT.

Marque Smith&Wesson, parce qu'elle le vaut bien. Si, si. En profitant en outre de la gamme de couleurs disponible (cliquez sur les images pour le grand format).

Notes

[1] Les chauffeurs des taxis m'ont tous dit qu'il était miraculeux d'avoir un aussi beau soleil ce jour-là.

[2] Vous avez un beau côlon, madame

jeudi 8 octobre 2009

Bientôt trois mois, et je tiens bon

Il faut être ambitieux parfois, et se fixer des objectifs difficiles à atteindre. Ca ne sert pas toujours à grand chose, si ce n'est à se prouver qu'on peut le faire. En août dernier, j'ai placé la barre très haut. La bataille est difficile, quotidienne ou presque, mais pour l'instant je tiens le coup. Pas de rechute, bien que les tentations soient très fréquentes et m'obligent à une vigilance quasi-permanente.

Je ne me regarde plus dans les glaces des ascenseurs.

Ben c'est vachement dur, mine de rien. Ou alors je suis un narcisse de première catégorie.

lundi 14 septembre 2009

Fascinante Thémis

Il y a de cela quelques mois, un homme-en-bleu m'avait conseillé, si mon emploi du temps me le permettait, d'assister à quelques audiences correctionnelles ou d'assises, histoire de me familiariser avec le déroulement d'un procès.

S'il est un conseil que je peux transmettre à tous mes (deux ou trois) lecteurs, c'est celui-ci. Prenez un après-midi, et assistez à des audiences correctionnelles, qui ont lieu pratiquement tous les jours. C'est passionnant, pour peu que l'on soit détaché du procès en cours, ce qui devrait être votre cas si vous y allez en visiteur. Sans la moindre once péjorative, c'est un spectacle à voir, qui n'est que la partie visible (pour le public) du processus judiciaire.

Je me dis qu'il serait intéressant que tous les lycéens[1] assistent à une ou deux audiences au cours de leur scolarité, en parallèle avec des cours d'éducation civique. Cela rend tangible un certain nombre de points sur la Justice, les tribunaux et la faune un peu étrange qui y officie. Cela permet d'éviter que les seules expériences (presque) directes que l'on puisse avoir de la justice soient celles des télévisions, procès à grand spectacle et autres opérations qui, comme tout ce qui passe au filtre médiatique, déforment la réalité.

J'avais déjà un respect certain pour les différents acteurs de la justice, il en ressort accru - avocats, magistrats, procureurs, huissiers, greffiers sont servis égalitairement.

Un seul bémol.

Après quelques heures sur les bancs des salles d'audience de Toulouse, on en ressort convaincu que la torture a toujours cours dans notre beau pays.

Notes

[1] Pas les collégiens, il faut être un peu mur pour bien comprendre le pourquoi et le comment du fonctionnement d'un procès.

mercredi 15 juillet 2009

Je vais pas me faire des amis

Tant pis, je prends le risque...

Tout à l'heure, passant à La Poste afin d'y expédier une quelconque missive, la guichetière m'a fait une proposition d'une rare obscénité :

Tenez, Monsieur, si vous voulez, nous avons des timbres collectors pour la dernière tournée de Jean-Philippe Léo Smet.
-Vous avez raison madame, Johnny qui arrête de chanter, ça se fête.

Mais je n'en ai pas acheté, ma joie ne me pousse pas non plus au masochisme.

mardi 23 juin 2009

Rhôôô le menteur !

Je n'ai pas le moindre doute que, dans une organisation professionnelle classique, il existe une catégorie ultra-critique de personnes : les secrétaires. Retirez leurs assistantes à beaucoup de responsables d'entreprise ou de service, et ils ne savent plus rien faire. Mettez une secrétaire de mauvaise humeur, traitez-la comme moins que rien, et elle peut facilement vous pourrir l'existence. En bref, des terreurs potentielles disposant d'un pouvoir quasi-illimité sur ceux qui dépendent d'elles. Par chance, elles n'usent que rarement de ce pouvoir totalitaire[1].

J'ai eu la semaine dernière un exemple de régression d'un responsable d'entreprise qui, tel un gamin en maternelle, s'est enferré dans une série de mensonges de plus en plus grossiers uniquement pour éviter d'avouer à sa secrétaire qu'il n'avait pas fait quelque chose qu'il aurait dû faire.

En bref : il devait m'appeler pour confirmer un point dont j'avais discuté avec sa secrétaire, et il ne m'a pas appelé. Pas de quoi retrouver sa tête au bout d'une pique sur la grille d'entrée de la société.

J'ai d'abord eu droit à un très classique Je vous ai appelé hier sur votre portable, ça ne répondait pas, auquel ma réponse fut de demander à quelle heure afin que je regarde dans mon journal des appels. Bien sûr, on me renvoie un Je ne me souviens pas exactement, c'était en fin de journée qui m'amène à montrer mon étonnement, d'abord parce que j'étais dans les locaux de la dite entreprise à ce moment et qu'un appel téléphonique était inutile, et ensuite parce que mon téléphone portable n'indique aucun appel sur ce créneau. La marche franchie ensuite a été Ha mais non, j'ai appelé sur votre téléphone fixe en fait, ce qui était plausible et aurait pu suffire - sauf qu'il devait me joindre, donc soit laisser un message (pas de message sur le répondeur), soit rappeler (pas de rappel). Ou, solution qu'il a choisie, dire qu'on avait répondu à son appel, renvoyant ainsi la responsabilité de la non-communication sur celui qui ne m'aurait pas signalé l'appel : J'ai eu votre fils qui m'a dit que vous n'étiez pas joignable.

L'Héritier est capable de beaucoup de choses, mais pas d'entrer dans mon bureau pour répondre à mes appels téléphoniques : il n'a pas les trois clés nécessaires pour ce faire. En outre, il n'habite pas chez moi mais chez sa mère. Enfin, mon bureau n'est pas non plus chez moi mais à quelques dizaines de kilomètres de mon domicile. Toutes remarques que j'ai faites à mon interlocuteur. Lequel a baissé les yeux et enfin avoué J'ai perdu votre numéro de téléphone, mais si je le dis à ma secrétaire elle va m'engueuler.

Notes

[1] Certaines vous le diront, uniquement contre des cibles identifiées et pour d'excellentes raisons.

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