La souris, les parents et la mort

Ce n'est qu'en cherchant quoi écrire sur ce sujet que ce souvenir enfoui m'est revenu. La mémoire, c'est rigolo. Je situe ça entre 1972 et 1975, dans mes jeunes années depuis longtemps enfuies.

Nous étions allés au Salon de l'Enfance, au CNIT-La Défense. J'en étais revenu avec, outre des étoiles dans les yeux, une souris blanche. Ma mémoire des événements ne me dit rien sur comment j'ai pu obtenir cet animal. Toutefois, étant impossible[1] que mes parents aient pu accepter de m'acheter pareille bestiole, j'ai dû la gagner à un jeu quelconque.

Revenus au domicile familial, il fallut trouver un gîte pour elle. Ce fut une poubelle métallique, sur le modèle d'un tube de 40 ou 50 cm de haut sur 20 ou 30 de diamètre. Rétrospectivement, il est clair que ma petite compagne était pire que dans une prison : elle était au fond d'un trou, n'ayant qu'une lumière limitée par le dessus, et ne voyant que des parois métalliques (y compris le sol). J'avais posé quelques feuilles de papier journal sur le fond, mais les dents de l'animal en ont rapidement eu raison. Et il aurait fallu se lever tôt pour que mes parents acceptent de faire des frais pour la souris, comme acheter des copeaux de je ne sais quoi pour tapisser le fond du gîte.

Le Salon de l'Enfance, c'était pendant les vacances de la Toussaint si ma mémoire et les moteurs de recherche ne me trompent pas. Six semaines plus tard, ce furent les vacances de Noël, où nous devions partir une bonne semaine rejoindre de la famille.

Hors de question pour les parents d'emmener l'animal, qui se portait plutôt bien. Il fut donc laissé là où il était, avec quelques carottes supplémentaires par rapport à sa ration habituelle. Forces assurances me furent données que « une dizaine de jours, avec tout ça, ça ira, ne t'inquiète pas ». Au retour, la première chose que je fis fut d'aller voir ma souris. Vous vous doutez bien que je n'ai trouvé qu'un corps sans vie. Je ne me souviens pas si elle avait mangé toutes ses provisions et était morte d'inanition[2], ou si c'était un manque d'eau[3] plus probable. Peut-être simplement la solitude. Ou tout autre chose.

Je me pose aujourd'hui la question de l'intérêt d'offrir un animal à un enfant qui n'a rien demandé, et sans l'accord des parents. Cela peut bien se passer, ou mal, voire très mal, notamment pour l'animal concerné. Lequel n'a rien demandé non plus.

Notes

[1] Vraiment impossible, impensable, même pas dans vos rèves les plus fous.

[2] J'ignore combien de temps un tel animal peut jeûner.

[3] Même remarque.

Commentaires

1. Le mardi 6 octobre 2020, 14:21 par Laurent

Les promesses des adultes aux enfants... :-(

2. Le mardi 6 octobre 2020, 16:49 par Nuits de Chine

Laurent : il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, en effet.