Tout d'abord, histoire d'évacuer le sujet central mais qui ne l'est pas complètement, oui, la peinture au pistolet, c'est très, très efficace et rapide. Faut savoir utiliser le bidule, mais rien qui ne soit à la portée d'une personne ayant une tête à peu près fonctionnelle. On amorce la pompe, puis le pistolet, on peint, on nettoye proprement l'appareil, on range. Fastoche, non ?
La réalité est plus nuancée. Le tutubeur qui vous dit « j'ai repeint toute ma maison en une journée » vous dit la vérité, mais pas vraiment la vraie vérité. Repeindre une maison[1] en une journée est possible, sous quelques conditions limitatives :
- tout (murs et plafond) est peint d'une seule et même couleur monocouche tout inclus (pas de sous-couche nécessaire) ;
- la maison est totalement, absolument vide : pas de portes, pas de fenêtres, pas de meubles, pas de radiateurs fixés aux murs, pas de sol[2]. Rien qui ne doive être peint.
Sous ces deux conditions cumulatives, alors oui, la maison en une journée, c'est faisable.
Mais si l'une des deux conditions n'est pas remplie, voire les deux parce que pour ma part j'aime bien faire des bidules compliqués, on ne parle plus du tout de la même chose. Ce qui ne doit pas être peint doit être protégé contre la dite peinture. Cela signifie bâcher, scotcher, placer des films là où il faut, s'assurer que ça ne bouge pas trop, le souffle du pistolet ayant tendance à soulever les films plastifiés s'ils ne sont pas bien fixés.
Un petit exemple : la plus petite pièce de ma maison fait 10 m2 sur 2m70 de haut[3]. Elle dispose d'une fenêtre, d'une porte, d'un parquet qui vient d'être posé[4], un radiateur, trois prises électriques, une prise RJ45, un plafonnier et un interrupteur. Et une poutre traversante au plafond[5].
Pour la sous-couche, il suffit
- de protéger la poutre : 30 bonnes minutes, le ruban de masquage tient mal sur le vieux bois, il faut punaiser par endroits ; et on travaille en hauteur, sur un escabeau, c'est plus lent qu'au sol ;
- protéger la fenêtre : 20 minutes. Il faut filmer chaque vantail, s'assurer que le film de protection est bien tenu partout sur les bords, et protéger le cadre de la fenêtre ; pareil, il faut monter sur un escabeau par moments ;
- masquer les prises, le plafonier et l'interrupteur : 10 minutes ;
- masquer le radiateur : 10 minutes ;
- masquer l'entourage de la porte (laquelle a été retirée) : 10 minutes.
- je n'ai pas eu à le faire parce que le parquet est déjà protégé : poser une bâche de sol est rapide mais elle doit être bien tenue sur toute sa périphérie sinon elle se soulèvera avec le souffle du pistolet ; j'estime à 20 bonnes minutes le temps nécessaire.
Donc environ une heure de préparation (la poutre à protéger est un cas un peu spécial, je ne la compte pas pour que ce soit plus réaliste), pour environ 30 minutes max ensuite pour passer la sous-couche partout (murs et plafonds).
Vient ensuite la peinture. Si vous peignez tout de la même couleur, rien de particulier à faire au-delà de ce qui a été fait, deux fois 30 minutes gros maximum pour chaque couche et c'est plié. Donc, dans cette situation sympathique, une heure de pose des protections et moins de 90 minutes de peinture. Pour une pièce de 10 m2.
Maintenant, si vous êtes un pervers colorimétrique esthète comme moi, vos pièces, vous ne les voulez pas monochromes.
Pour deux couleurs (murs et plafond), il faut
- peindre les murs : rien de plus par rapport à la sous-couche ;
- peindre le plafond : les murs sont peints, il faut les protéger. Donc pose d'un film sur le haut des murs, qui recevra les jets de peinture du plafond qui débordent. Comptez bien 45 minutes pour cette pose de protection : ça se fait en hauteur, sur un escabeau, vous voulez que ça soit bien fait, et les coins de murs, c'est la galère. Le ruban de masquage qui tient le haut du film[6] fera toute la périphérie de la pièce, comme le film de protection. Bonjour le métrage !
La photo ci-dessous illustre cette problèmatique de protection du haut des murs (pour une autre pièce que celle dont je parle : le haut du plafond-rampant du toit est à 4m70 de hauteur). Le film n'est posé que sur la partie gauche, le pan cassé du toit est partiellement peint (sous-couche uniquement), et les débordements des jets du pistolet sont très visibles sur le film[7].
Pour trois couleurs, il y a encore deux possibilités distinctes : murs perpendiculaires de couleurs différentes[8], ou couleur basse/couleur haute sur chaque mur.
- Couleurs perpendiculaires : on peint les murs parallèles de la première couleur (2 couches), rien de particulier par rapport à la sous-couche. Puis on protège par un film les bords des murs peints, histoire que les jets de la seconde couleur ne viennent pas dégrader notre travail (20 bonnes minutes). Une fois la seconde couleur faite, on protège le haut des murs (45 minutes) pour peindre le plafond.
- Couleurs haute et basse : on fait la couleur basse, rien de particulier à ajouter. Puis on filme le haut de la couleur basse, sur tout le pourtour de la pièce (30 bonnes minutes), on peint la couleur haute, on filme le haut des murs, et on peint le plafond.
Donc, pour une petite pièce de 10 m2 sur 2m70 de hauteur, ça finit par faire, pour 90 minutes de peinture tout compris :
- une couleur : 60 minutes de pose des protections ;
- deux couleurs murs/plafond : 110 minutes de pose des protections ;
- trois couleurs mur/mur/plafond : 120 à 130 minutes de pose des protections ;
- trois couleurs bas de mur/haut de mur/plafond : 130 à 140 minutes de pose des protections.
Est-ce intéressant, par rapport à l'utilisation d'un rouleau à peinture ?
Pour une pièce à partir de 15m2, je dirai oui, ne serait-ce que parce que peindre le plafond est une vraie purge au rouleau, alors que ça va très vite au pistolet, et c'est relativement confortable. Pour une petite pièce, vous pouvez même vous simplifier la vie (pas de protections au-delà de celle du sol) en ne faisant au pistolet que le plafond, le reste au rouleau et au pinceau.
Plus la pièce est grande, plus le gain de temps du pistolet viendra largement compenser les embêtements des poses de protection[9].
Mais ne sous-estimez surtout pas la pose des protections, y compris pour vous-même. Une combinaison est plus qu'utile, ainsi qu'un masque respiratoire.
Notes
[1] De taille raisonnable, mais si vous avez un château de 80 pièces à repeindre, quelque chose me dit que vous ne le ferez pas vous-même.
[2] Pas de sol définitif ; ce peut être le contre-plaqué ou l'OSB sur lequel le parquet sera posé, ou la semelle de béton sur laquelle sera coulée la couche de ragréage pour le carrelage.
[3] Soit un studio parisien.
[4] Déjà protégé par un film posé par le menuisier, justement pour permettre la peinture sans dégrader le dit plancher.
[5] Ce n'est probablement pas le cas le plus courant.
[6] Le bas du film n'est pas fixé sur toute sa longueur, seuls quelques morceaux de ruban de masquage le tiennent pour ne pas qu'il se soulève avec le souffle du pistolet.
[7] Le bloc blanc en haut à gauche n'est pas de la censure, c'est le puits de jour du Velux.
[8] Je pars quand même du principe que votre pièce est globalement rectangulaire, pas octogonale ou dodécagonale avec différentes couleurs pour chaque panneau.
[9] Pour les ceusses qui connaissent : par rapport au métrage des murs, la pose des protection est en O(n) alors que la peinture est en O(n2).
