C'est un peu gros, pourtant

Le téléphone affiche un appel venant d'un TGI connu. Deux possibilités : c'est un magistrat qui m'appelle pour me proposer une mission, connaître mes disponibilités, voire discuter de la mission avant sa rédaction, ou c'est un greffier qui m'appelle pour me demander quand vais-je déposer tel rapport.

Perdu !

- Bonjour Monsieur Nuits de Chine, service des pièces à conviction du TGI de par-là-bas. Je vous appelle au sujet du dossier concernant Untel
- Hmmm... oui je me souviens. Dossier de l'année dernière, de Mme La Magistrate
- C'est ça. J'ai une ordonnance de restitution du scellé numéro X. Serait-ce vous qui l'avez ?
- Il faut que je regarde dans mes archives. Je vous rappelle.

D'accord... Ils ont égaré un scellé et déroulent la chaîne des dépositaires. L'expert étant souvent en dernière position, tous les regards se tournent vers lui. J'ai déjà évoqué cette situation dans ma note Oukisson les scellés ?.

Sauf que là, le scellé n'est pas un téléphone portable, qui peut se cacher derrière un autre scellé, tomber d'une étagère, se trouver dans un carton imprévu, etc. C'est un ordinateur tout-en-un avec un écran de 21 pouces, qui pèse 10 kilos pour 50 sur 60 cm. Le genre de truc qui manque un peu de discrétion, même si les espaces de stockage des pièces à conviction doivent être remplis de matériels semblables.

Bref, en pestant gentiment[1], je reprends mes archives numériques, j'ouvre le dossier en question, le répertoire de suivi administratif, le répertoire des reçus... Et je défunte.

J'ai bien le reçu de réception, mais pas de reçu de restitution.

Okaaay... Plan B. Si l'informatique me dit que je n'ai pas restitué les scellés, c'est peut-être le cas[2], c'est peut-être que j'ai oublié de faire signer le reçu[3], mais c'est aussi peut-être que l'informatique ne reflète pas la réalité. Avant de me jeter dans le fleuve du coin, allons donc voir le papier.

Petite promenade vers mes archives, puis le dossier concerné, la sous-chemise administrative... et les reçus de restitution, dûment tamponnés par le service idoine du TGI.

Je revis. Je numérise les documents pour mettre à jour mon archive informatique, j'appelle le service des pièces à conviction... Je leur transmets la copie du reçu de restitution et les photos du scellé reconstitué[4].

Conclusion : le papier, c'est bien. Lourd, encombrant, mais bien.

Notes

[1] Je ne sous-estime pas la difficulté de gérer la montagne de pièces à conviction qui peut transiter dans un TGI un peu actif. Il peut donc y avoir des petits ratés.

[2] Hautement improbable, mais le problème est d'en apporter la preuve.

[3] Là, je suis en mauvaise posture.

[4] Pour les aider dans leurs recherches.