Adieu ma belle, je t'aimais bien

Toute personne ayant un peu utilisé les beaux ordinateurs qui composent une grande partie de notre mode de production, de travail et de loisir sait qu'il est indispensable de faire des sauvegardes. Il faut se prémunir contre la panne, la fausse manipulation, voire aujourd'hui la malveillance des logiciels rançonneurs et autres cochonneries numériques. Le problème est de trouver l'outil approprié, selon ses besoins et ses habitudes. Un particulier n'aura pas les mêmes souhaits et contraintes qu'une entreprise.

De mon point de vue, le cahier des charges est relativement simple :

  • automatisation des sauvegardes. Je considère que les utilisateurs ne doivent pas penser à lancer les sauvegardes : ils l'oublieront régulièrement. Ca doit tourner tout seul. Après tout, les ordinateurs sont conçus pour faire ce genre de tâche systématique. Mon calendrier est d'une sauvegarde quotidienne de l'ensemble de mes machines.
  • multi-OS, même si actuellement ça ne signifie pour moi que GNU/Linux et Windows. Rien n'est plus pénible que de ne pas pouvoir sauvegarder quelques machines parce que l'outil choisi ne sait pas faire. On se retrouve obligé de faire des manipulations scabreuses (comme copier les données du système pas sauvegardable vers un système sauvegardé), avec l'évident risque d'oublier quelque chose ou qu'un problème survienne[1], ou de faire l'impasse sur la sauvegarde de ces machines, ce qui est encore pire.
  • prise en compte de machines qui ne sont pas toujours allumées. Je me déplace souvent avec un ou deux ordinateurs portables, et certains de mes serveurs ne sont pas toujours allumés. Donc, lorsqu'ils sont en ligne sur le réseau, l'outil de sauvegarde doit relever leur présence et lancer la sauvegarde au plus tôt si elle est nécessaire.
  • étalement des sauvegardes. Il n'y a rien de plus pénible qu'un réseau surchargé parce que les outils de sauvegarde consomment toute la bande passante pour sauvegarder le contenu de toutes les machines en ligne. L'utilisabilité du réseau nécessite un étalement dans le temps des sauvegardes, et cet étalement doit être automatique.
  • une faible empreinte sur les machines à sauvegarder. Je ne veux pas avoir à installer trop d'outils spécifiques sur les machines cibles. Si les sauvegardes reposent sur des outils standards déjà présents, c'est un plus appréciable.

Pendant plus de quinze ans, j'ai utilisé Amanda, avec satisfaction. Ca marchait tout seul, les sauvegardes étaient séquencées la nuit (ce qui m'obligeait à laisser certains ordinateurs allumés, un moindre mal même si intellectuellement ça me dérange), et ça prenait en compte GNU/Linux et Windows. Mon histoire avec Amanda a commencé à se dégrader lorsque le support des systèmes Windows s'est montré difficile, puis dysfonctionnel, puis inexistant. Comme souvent dans une relation de longue durée, on espère que les choses vont s'améliorer, on attend,on attend... Ne voyant rien venir, et commençant à avoir des données volumineuses sur quelques machines Windows, ma patience est arrivée à son terme. J'ai cherché une autre solution.

Après quelques essais, j'ai opté pour BackupPC. L'outil est un peu délicat à mettre en oeuvre, sans que cela ne nécessite non plus un travail extensif. Cela fait près d'un an que je l'utilise, et je me demande pourquoi j'ai mis si longtemps à abandonner Amanda[2]. Il remplit parfaitement mon cahier des charges, avec l'intérêt supplémentaire que le stockage nécessaire a été divisé par deux tout en augmentant la durée de rétension des sauvegardes[3].

Le seul inconvénient que je vois à BackupPC est que je ne suis pas sûr qu'il soit maintenu. Il y a une communauté active d'utilisateurs, mais j'ai l'impression que le principal développeur et auteur de l'outil est aux abonnés absents. La version 3.3.1 que j'utilise est sortie en janvier 2015, la version 4 est en béta depuis un peu plus de deux ans, sans évolution. Donc je suis inquiet sur la pérénité à moyen terme, ce qui m'obligerait encore à changer d'outil.

Notes

[1] Toujours au pire moment, d'après Murphy.

[2] La fidélité et l'habitude nous font parfois résister plus longtemps que raisonnable.

[3] Je suis passé de trois mois à un an de rétension, sur un disque de 2To rempli à 70% au lieu d'un 3To bourré jusqu'à la gueule.