Déposition, le retour

J'ai donc fait ma seconde déposition à la barre d'un tribunal d'assises hier. Mes impressions sont mitigées sur ma prestation et, suite aux questions des avocats tant des parties civiles que de la défense, sur mon rapport.

Billet rédigé en temps réel, publié de façon disjointe des événements judiciaires, en respectant la chronologie.

Comme je l'ai écrit dans un précédent billet, je me suis posé beaucoup de questions sur l'intérêt, pour la défense, de demander cette expertise, par rapport aux éléments que j'ai trouvés sur les scellés, qui me paraissent quelque peu limités. En m'inquiétant bien sûr d'être passé à côté de quelque chose d'important[1] Je n'ai rien relevé qui alourdisse les charges pesant sur les mis en accusation, mais rien non plus qui, avec ma connaissance limitée du dossier, me semblait les alléger.

Force est de reconnaître que je n'ai pas été déçu du voyage, pas tant pour ce qui m'est arrivé que pour le reste.

Mon créneau de passage à la barre étant en fin de journée, je m'organisai pour être au tribunal lors de la dernière suspension d'audience avant ma déposition. Je n'arrivai pas beaucoup plus tôt, contrairement à ma première déposition, pour deux raisons. D'abord, l'audience étant à huis-clos, ma présence dans la salle est compréhensible avant ma déposition, mais peut faire bizarre plusieurs heures avant[2]. Ensuite, des avocats de ma connaissance m'avaient prévenu que Me X, leader de la défense, était un pénaliste chevronné particulièrement mordant quand il y avait matière à. Je voulais donc m'éviter le stress d'éventuellement voir des confrères experts, dans d'autres disciplines, se faire équarir par la défense. Je n'aurai que pu me projeter en me disant bientôt ça va être moi qui vais me faire écarteler. Le supplice n'étant pas certain, inutile de m'exposer à celui de tiers.

J'attendis donc la suspension d'audience dans la salle des pas perdus, après avoir fait informer l'huissier audiencier de ma présence, au cas où ma déposition soit souhaitée prématurément. J'assistai à l'arrivée de deux experts (un médecin et un psychologue), qui devaient déposer avant la suspension de scéance. J'assistai ensuite à leur départ, chacun me disant qu'il avait été plutôt chahuté à la barre. Cela n'augurai rien de très bon.

Suspension d'audience, l'huissier vient me chercher, je suis dans la salle. Je me présente aux avocats, par courtoisie[3]. Je m'installe, et j'attends. L'audience reprend, et je suis appelé à la barre tout de suite.

Comme je l'ai dit en préambule, je suis mitigé sur ma prestation. Non qu'elle m'a paru mauvaise, mais plutôt brouillonne. Je dois améliorer ma façon de présenter un ensemble assez touffu d'informations, pour le rendre compréhensible par le jury.. Lors de ma première déposition, il m'avait suffit de suivre la chronologie pricinpale des éléments trouvés. Là, ce n'était pas la bonne approche, et j'ai opté pour une présentation scellé par scellé, qui ne s'est pas révélée d'une clarté absolue.

Les premières questions des parties civiles ont d'ailleurs été des demandes de synthèse, soulignant[4] quelques absences dans mon rapport. J'ai donc compté, à la barre, le nombre total d'appels reçus ou émis, le nombre de messages reçus ou émis, vers ou depuis certains numéros de téléphone. Je vais évidemment inclure cette synthèse supplémentaire à mes prochains rapports. Le procureur a, dans la même veine, demandé une précision quant à la grille de lecture de certains tableaux et la signification d'une iconographie. Un autre élément a améliorer, car si le lecteur se pose ce genre de question, cela rend l'exploitation du rapport plus difficile.

La défense a ensuite eu la parole. J'y ai survécu sans dommage majeur, les questions étant plutôt des demandes de confirmation, genre vous confirmez que le premier appel entre X et Y, tel que relevé sur les fadettes, a été émis par X à destination de Y ? Une plutôt bonne surprise, donc.

Bref, une petite demi-heure et c'était fait. Je pouvais repartir, je restai, car il est important pour moi de ne jamais oublier que mon travail s'intègre dans un ensemble plus important. Je ne fais pas qu'analyser des ordinateurs ou des téléphones. J'apporte des éléments qui peuvent avoir une influence importante sur l'avenir des mis en accusation et, peut-être, des parties civiles.

Donc je restai à l'audience, un peu en retrait sur les bancs presque vides du public[5] Après ma déposition, ce fut celle de la victime.

Ce furent des moments difficiles, dont je ne donnerai bien sûr aucun détail. Le tout petit public que nous étions nous regardions parfois avec des airs effarés. Les avocats de la défense se sont révélés très offensifs[6], avec une courtoisie qui ne faisait que renforcer le poids de leurs questions. Les avocats de la partie civile, sur un autre registre, n'ont pas été de reste. Quelques beaux coups de gueule de part et d'autre, un recadrage vif fait par le président de la cour, des excuses des avocats... Au milieu, la victime, manifestement au supplice et probablement dépassée.

Très particulier, donc.

Je ne peux assiser à la suite des débats, sur les deux jours qui viennent, mon calendrier personnel et le huis-clos m'en empêchant. Je ne suis pas sûr que, si cela m'avait été possible, j'y aurai assisté. Dans ce contexte, cela me semble trop lourd.

Notes

[1] Important pour la défense, le ministère public ou les parties civiles.

[2] C'est ma perception de la chose, évidemment.

[3] Une autre raison pour laquelle je préfère entrer durant une suspension de scéance.

[4] Du moins pour moi, sans que cela soit l'objectif visé par les avocats.

[5] Audience à huis-clos, je le rappelle. Quelques avocats stagiaires, je crois, et moi.

[6] C'est leur travail, n'imaginez pas que je le leur reproche.