Un contre-ténor, ça troue...

Nous avons assisté, hier soir, à un concert d'Il Pomo d'Oro, groupe instrumental remarquable spécialisé dans les instruments anciens. Les interprètes étaient excellents, avec une mention spéciale à Mme Anna Fusek. Celle-ci nous a charmé les oreilles avec sa flûte à bec[1]. J'ai été surpris par son attitude corporelle, plus proche de celle d'un saxophoniste en plein numéro que de celle d'une concertiste de haut niveau. Après réflexion, ces contorsions sont probablement naturelles afin d'offrir un flux d'air approprié à l'instrument.

Si la première pièce fut purement instrumentale, avec donc Mme Fusek à la flûte à bec, les trois autres pièces (Nisi Dominus de Vivaldi, un Salve Regina de Hasse et le Stabat Mater de Pergolèse) firent intervenir deux contre-ténors, MM. Valer Sabadus et Maarten Engeltjes. J'avais déjà entendu Philippe Jaroussky à la radio mais c'est la première fois que j'assiste en direct à la prestation d'un contre-ténor. Je ne sais s'ils sont tous bâtis sur le même modèle, mais pour ce qui fut d'hier, je dois avouer qu'il est déroutant de constater que ces deux grands gaillards, que l'on verrait très bien sur des terrains de basket, chantent dans un registre aussi élevé.

La maîtrise qu'ils ont de leur voix nous a stupéfaits. Même dans les parties les plus délicates du Stabat Mater, où les deux solistes ne produisent qu'un très mince filet vocal, chuchotant presque leur partition, ils demeuraient parfaitement audibles. Si l'accoustique de la salle aide, il n'en demeure pas moins que ce mélange de puissance, pour que la voix porte partout, et de retenue pour respecter la délicatesse de la partition est très impressionnant.

Deux rappels plus que mérités pour l'orchestre et les solistes.

Note

[1] Qui ne peut que rappeler de sinistres souvenirs de cours de musique en primaire.