J+5 : bilan

Je ne sais pas si, pour mes prochaines citations à comparaître, je pourrai me libérer afin d'assister à l'ensemble des débats, comme je l'ai fait cette fois-ci. Ce sont deux jours de travail qu'il me faut maintenant rattraper. Je sais toutefois que je le ferai si c'est possible, au moins pour les plaidoiries des parties civiles, les réquisitions, les plaidoiries de la défense, et le verdict.

J'ai deux raisons à cela.

Billet écrit le jour même, publié après les événements en respectant la chronologie

Ce billet fait suite à Verdict.

La première, c'est pour ne jamais risquer de perdre de vue qu'une expertise judiciaire pénale, ce n'est pas que des ordinateurs, des téléphones, des traces de navigation sur Internet, des fichiers. Ce sont, derrière les scellés que je traite, des personnes. Qu'elles soient auteur, complice ou victime d'un crime, vivantes ou trépassées, elles méritent le meilleur de ce que je peux faire. Pour moi, ce ne sont que quelques centaines d'heures de travail et de longues et nombreuses pages de rapport à produire. Pour elles et leur entourage, c'est un moment pivot de leur vie.

Une erreur, une incohérence qui m'échappe et que personne ne relève, une formulation maladroite peuvent jouer sur le procès, dans un sens comme dans l'autre. Parfois à la marge, parfois au coeur, selon le reste du dossier. L'erreur est toujours possible. Assister aux débats et au verdict me rappelle que je dois être vigilant, consciencieux, soigneux dans mon travail, humble. Tant pis si je ne facture au mieux qu'un tiers du temps passé, et si je suis payé fort tardivement.

La seconde raison est plus personnelle.

Si mon rapport est mauvais ou manque de cohérence, le ministère public ou la défense se feront un devoir[1] de me crucifier par leurs questions après ma déposition. Je serai aux premières loges quant aux erreurs que j'ai pu commettre, et j'éviterai certainement de les commettre de nouveau.

Cependant, il peut ne pas y avoir d'erreurs manifestes qui seraient relevés par l'une ou l'autre des parties, mais quelque chose de plus diffus. Des termes utilisés, une façon de présenter ce que j'ai trouvé, le regret de l'absence ou de la présence de certains éléments, peut-être même l'organisation du rapport ou ma déposition, qui seront utilisés par le ministère public ou la défense pour appuyer leurs arguments et raisonnements. Ces éléments-là apparaitront, clairement ou en filigrane, durant les débats et les plaidoiries. Etre présent me permettra, du moins je l'espère, de les identifier et d'améliorer mon travail.

Note

[1] Et peut-être même un plaisir.