J - 40 : ça devait bien arriver un jour

La lettre m'attend sagement. L'enveloppe en papier kraft est commune, ce qui est porté dessus un peu moins : Cour d'appel du coin, service des assises. Sans même l'ouvrir, je sais ce qu'elle contient, du moins pour les grandes lignes : je suis cité à comparaître dans un procès aux assises de la grande-ville-du-coin.

Billet rédigé le jour de la réception de la citation, publié après les événements judiciaires.

Le dossier d'expertise est assez ancien. Je le ressors pour le relire soigneusement, même si je me souviens des principaux éléments relevés durant mes investigations.

Pour le moment, je ne stresse pas : l'échéance est encore lointaine. Je sais que le stress viendra. Témoigner dans un procès, même seulement en tant qu'expert, ce n'est pas rien.

Il y aura évidemment le stress de la première fois, du lieu très symbolique qu'est une salle d'audience, de la cour, des jurés, du public. Heureusement, faisant miens les conseils d'autres experts plus expérimentés, j'ai déjà assisté à des procès, y compris aux assises. Sans prétendre être aucunement un spécialiste, j'ai déjà ressenti l'ambiance très particulière des salles d'audience.

Il y aura aussi le stress particulier d'être un (petit) acteur dans un procès. Un mot, une phrase, une expression peuvent peser lourd, en faisant naître des images faussées dans l'esprit des jurés et juges. Il faut être précis sans être stérile, clair sans être simpliste. Les avocats seront là, vigilants, pour défendre leur client.

Il y aura enfin le stress de faire tout cela devant l'accusé et sa victime, car je suppose qu'elle sera présente à l'audience. Ce sont les deux facettes d'une même pièce, que les Parques ont réunies en un seul lieu, en un seul temps. Chacune a le droit au même respect. Chacune préfèrerait certainement être ailleurs, à vivre sa vie.