C'est l'aut' qu'a fait ça, s'pas moi !

J'ai déjà parlé dans un précédent billet de ma boîte à malice, qui regroupe tout le matériel que j'emmène lors d'une intervention sur le terrain (assistance à huissier le plus souvent). Un des problèmes que je rencontre est de tout bien ranger, histoire de ne pas perdre de temps à chercher les trombonnes ou les câbles USB. Pour certains matériels, c'est facile, ils sont toujours dans leur boîte originelle. Pour le tout-venant, je recycle des boîtes de glace. Cela n'a jamais posé de problème. Sauf une fois, de façon modérée.

En l'occurrence, assistance à huissier pour une saisie chez un particulier, avec le concours de la force publique. Nous arrivons matutinalement mais pas trop. L'idée n'est pas de tirer le visité de son lit, mais d'être là avant qu'il ne quitte son domicile.

Je passerai sur les péripéties pour trouver l'appartement[1]. L'huissier frappe à la porte. Une jeune fille vient ouvrir, pâlit en voyant l'uniforme de la police et appelle son père d'une voix chevrottante. Après quelques brèves explications, nous entrons dans les lieux.

Le travail commence par la remise, par l'huissier, de l'ordonnance nous commettant, et diverses autres activités administrativo-juridiques. Je me tourne les pouces, en regardant un peu partout mais sans bouger, tant que l'huissier n'a pas terminé et n'a pas demandé mon intervention. C'est lui le responsable et le patron.

Le visité amène son ordinateur portable et un disque USB externe, qu'il va me falloir examiner[2] Je m'éclipse pour aller chercher mes outils dans ma voiture, et je reviens les bras chargés.

Pour cette saisie, les dates associées à d'éventuels fichiers intéressants étant très importantes, je suggère d'extraire le disque de l'ordinateur pour l'examiner au travers d'un bloqueur d'écritures[3]. Cela permettra d'éviter toute altération du disque, donc notamment des dates d'accès aux fichiers.

Je plonge dans ma boîte à outils, pour en sortir tournevis, bloqueur d'écriture, nourrice électrique, bref ce dont je vais avoir besoin.

La policière qui nous accompagne jette un coup d'oeil sur mes affaires, et dit Hoho, on dirait que vous aimez les glaces, vous, non ?

J'aurai simplement pu acquiescer. D'aucuns prétendent que je serai capable de tuer pour faire un bon mot. Cela me paraît exagéré.

J'ai répondu, avec un léger accent dans la voix, Non m'dame c'est pas à moi ça, c'est chépaki qu'a dû met' ça dans mes affaires, j'vous jure m'dame !

Elle m'a regardé et a souri, d'un demi-sourire qui disait un truc du genre Toi, si tu me ressors ça dans un autre contexte, tu bouffes mon tonfa direct.

Aucun autre incident à signaler durant l'intervention.

Notes

[1] Le concierge, joint par téléphone, est à 250 km de la résidence.

[2] Nous avions l'autorisation de saisir des fichiers, mais pas le matériel. Il faut donc regarder le contenu de l'ordinateur et du disque, et faire des copies des fichiers jugés intéressants.

[3] J'aurai pu suggérer d'utiliser un LiveCD. Il faut alors allumer l'ordinateur, s'assurer qu'il ne démarre pas sur son disque dur et le faire démarrer sur un CD. Tout à fait faisable, pour peu que l'on connaisse la touche précise à enfoncer pour interrompre la séquence normale de démarrage. F2, F10, F11, ESC... le choix est large et il n'y a que quelques secondes pour trouver la bonne touche.