Dans les pas de Noureev

Nous revenons d'une représentation de ballet, nommée comme ce billet, et qui a repris cinq extraits d'oeuvres que Noureev a marquées de son talent. Le bilan est positif, mais mitigé quand même. Un spectacle qui est allé plus ou moins crescendo, ce qui fait que l'on repart sur un bon souvenir.

Le premier extrait est issu de La bayadère. Ce fut aussi le moins convaincant de la série. Sans y connaître grand chose, je pense qu'il s'agit d'un ballet avec des passages, dont celui auquel nous avons eu droit (Le royaume des ombres, de l'acte III), particulièrement techniques et difficiles. Malheureusement, cela s'est vu. Le corps de ballet a eu du mal avec ce que j'appellerai, faut de mieux connaître l'oeuvre, la descente des bayadères mortes La descente des Ombres. Il n'a pas échappé à grand monde dans le public que plusieurs danseuses ont à plusieurs reprises frôlé la perte d'équilibre, et que certaines ont mis leur pied dans le visage de leur voisine.

Par ailleurs, la demi-soliste qui fait la gueule[1], ça casse un peu l'atmosphère.

Les applaudissements de fin ont été courtois et polis, mais sans chaleur particulière. Le public est bien élevé.

Le second extrait provient de La belle au bois dormant. Pas de corps de ballet, juste les deux solistes. Je les ai trouvés un peu froids, pas vraiment mécaniques ou rigides, mais il y avait de ça. Il y manquait une touche d'âme, de chaleur humaine. Mais ils ont bien mérité leurs applaudissements.

Ensuite, ce fut la scène du balcon de Roméo et Juliette. De nouveau, deux solistes uniquement. Un très beau moment. L'opposition entre le justaucorps blanc cassé de Roméo et la robe rouge-orangée de Juliette, le jeu des corps et des positions, la maîtrise technique des interprètes... On sentait presque l'abandon de Juliette, la surprise et la joie de Roméo, on entendait les mots et promesses échangés. Les applaudissements nourris du public n'ont pas manqué de marquer cette belle performance.

Incontournable (ou presque) du répertoire du ballet, le quatrième extrait provenait du Lac des cygnes. Nous avons eu droit à la rencontre entre Siegfried et Odile[2], avec Rothbart[3] en maître de cérémonie. Que dire ? J'en ai encore des frissons. J'ai trouvé Odile, tenue pat Tatyana Ten, aérienne, légère, avec une extrême précision des gestes, sans qu'il n'y ait rien de mécanique ou de forcé. Sigfried, tenu par Kazbek Akhmedyarov, n'a pas été de reste. Le duo s'est montré très équilibré, excellemment bien synchronisé[4], dynamique... Rothbart, tenu par Demian Vargas, n'a nullement démérité. Dans ce pas de trois, c'est toutefois un personnage un peu secondaire, que l'on voit donc nettement moins à l'oeuvre.

Le dernier extrait venait de Don Quichotte, avec la dernière scène du ballet, le mariage de Basile et de Kitri. Un corps de ballet qui interprête des danses hispanisantes, des solistes qui tiennent très bien leur rôle y compris dans l'apparent enthousiasme et les sourires[5], l'ensemble bien synchronisé... Une bien belle clôture de la représentation.

J'ai trouvé un peu injuste que les interprètes du Don Quichotte aient été si longuement applaudis. Non qu'ils ne le méritaient pas, mais je pense que ceux du Lac des cygnes auraient mérité au moins autant d'applaudissements, ou qu'ils auraient dû être invités à revenir sur scène pour les salutations finales.

Notes

[1] J'exagère; mais elle ne souriait pas et ça se voyait.

[2] Le cygne noir.

[3] Le vilain magicien.

[4] Je suis très sensible à ce détail.

[5] C'est leur mariage, tout de même.

Commentaires

1. Le lundi 2 décembre 2013, 02:59 par Joël

la descente des bayadères mortes
À Paris, on appelle ça la descente des Ombres :-)

2. Le lundi 2 décembre 2013, 09:57 par xiaojie

Joël : merci de la précision, je corrige.