Une étrangère en France

Du fait du titre de cette note, vous supposez (à bon escient) que je vais évoquer ma CeT. Plus précisément, je vais évoquer des difficultés récentes que ma CeT rencontre dans son travail. L'histoire se termine modérément bien pour elle, même si tout n'est pas encore écrit. Voilà, vous êtes prévenus...

Il ne fait de mystère pour personne, dès lors que l'on a rencontré ma CeT, qu'elle n'est pas d'ici. Son léger accent la trahit, ainsi que pleins d'autres petites choses, certaines ayant déjà été évoquées en ces lieux. Comme moi concernant mon âge, elle s'amuse des erreurs qui sont commises sur sa nationalité. Il arrive quelques fois que l'interlocuteur devine presque juste, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Ce pas fabriqué ici amène parfois quelques inconvénients, par exemple lorsqu'elle doit indiquer une adresse qu'on lui a transmise oralement. Péchés véniels que cela.

Parmi les handicaps dont ma CeT souffre, il en est deux qui ne devraient pas en être : la conscience professionnelle et le sérieux au travail. Procédant d'une phrase que j'aime bien, ce qui doit être fait vaut la peine d'être bien fait, Chérie se refuse à mal faire quelque chose, ainsi qu'à se mal présenter. Ca ne va pas jusqu'à un perfectionnisme contre-productif, mais il faut l'avoir vue sur son lieu de travail pour comprendre ce que cela signifie. Or, dans la vente (prêt-à-porter féminin, pas tout à fait dans le créneau haut de gamme mais juste en-dessous), le conseil et l'attention portée à la cliente, c'est important. Le goût sûr dont fait preuve Chérie la sert beaucoup, ainsi que sa franchise. Quitte à ce que l'acheteuse potentielle reparte les mains vides, si rien de ce qu'elle a essayé ne lui va. L'expérience tend à prouver que les clientes ainsi ponctuellement déçues reviendront et achèteront par la suite[1]

Pour faire simple, Chérie est de loin la vendeuse préférée des clientes du magasin ainsi que de leurs maris[2]. Ses chiffres de vente sont très bons et, quand les clientes ne sont pas là, elle s'occupe du magasin plutôt que rester les bras ballants à attendre le chaland. Bref, la collaboratrice idéale pourrait-on dire.

Et bien il semblerait que non. Depuis novembre 2010, ses responsables immédiates[3] n'ont de cesse de dire qu'elle ne travaille pas, qu'elle fait fuir les clientes, qu'elle sabote le fonctionnement du magasin, et que l'entreprise va la licencier. Les chiffres ne soutiennent nullement ces assertions, bien au contraire. Mais si on se met à prendre des décisions à partir d'éléments froids et tangibles comme des chiffres de vente, où allons-nous ma bonne dame ? Un courrier à la direction de l'entreprise a semble-t-il fait l'effet d'une bombe, puisque Chérie y développait un contre-argumentaire solide quant à ses performances professionnelles. Pour le moment, ce courrier est resté lettre morte.

Une analyse plus personnelle me fait cependant penser que le problème est ailleurs. Je considère comme très possible que la direction n'a jamais été informée de quelque problème ou grief que ce soit avant le courrier de ma CeT, et que les problèmes évoqués sont purement locaux et humains. La N+1 flippe sa mère devant la compétence de ma CeT. Bien que Chérie ne se place nullement dans une situation compétitive (genre je cherche le bouton de votre siège éjectable), c'est ainsi qu'elle est perçue depuis de longs mois par sa N+1 et, d'une moindre façon, par sa N+2.

La raison en est simple : N+1 et N+2 ont peur d'avoir des collaboratrices compétentes.

Ce qui me fait penser à une autre citation, si vous ne voulez pas recruter des collaborateurs plus compétents que vous, vous finirez entourés de nains.

Tout cela pour dire que Chérie cherche activement un nouvel emploi sur notre belle région, de préférence de type responsable adjointe, responsable d'équipe voire responsable de magasin dans le prêt-à-porter haut de gamme ou haut du milieu de gamme. Au cas où vous auriez des informations ou des contacts, nous sommes preneurs.

Notes

[1] Sous réserve de trouver quelque chose qui leur aille, évidemment.

[2] Mais peut-être n'est-ce pas tout à fait pour la même raison.

[3] N+1 et N+2 dans le jargon.