J'me fait un p'tit joint

Je dois le reconnaître, la situation était idéale : un rapport qui me gonfle à rendre pour avant-hier, une température sympatique pour un 29 décembre, du soleil... Tout concourrait pour que je -délaisse mon rapport- prenne le temps de réfléchir à ce que je vais dire dans ce rapport.

Et donc je me suis attaqué à un petit projet qui me gonflait aussi depuis longtemps (mais moins fort que le rapport) : des joints de fenêtre à refaire. Je conçois dès à présent votre étonnement : en quoi de simples petits joints mériteraient-il une note ? A ma décharge, je doit souligner que ce sont des joints de fenêtres à double vitrage, ces dernières étant d'un seul tenant (en gros, 40 sur 120 cm).

Il s'avère que, sur les trois fenêtres (donc les six battants) de mon salon, le joint extérieur de bas de vitrage est très dégradé. Sans doute l'effet conjugué des intempéries et du soleil, la façade étant là tournée vers le sud-ouest. Tous les vieux du village (dont je fais maintenant partie) vous diront que le mauvais temps vient du sud-ouest.

Bref, ces joints sont à changer si je veux que l'eau ne s'infiltre pas entre le vitrage et le cadre en bois. Il ne s'agit pas d'un joint en silicone (c'eut été trop facile) ni en mastic, mais d'une lamelle en plastique, pratiquement comme les joints de calfeutrement que l'on place sur les embrasures de portes ou de fenêtres.

N'hésitant pas un instant devant la possibilité de ne pas avoir à payer quelque chose, j'ai interrogé le fabricant en parlant de garantie et de service après-vente. Après quelques échanges très aimables de courrier, et une visite sur son site de vente, il m'a fait parvenir un rouleau de joint. Niveau 1 terminé.

Ensuite, je me suis de nouveau rendu au site de vente afin de me faire expliquer l'opération de changement de joint. Parce que, malgré l'apparente simplicité de la manoeuvre, ça ne me semblait pas si trivial que ça. D'autant plus que je ne voyais pas du tout comment faire pour retirer le joint existant, bien coincé entre la vitre et le montant en bois. Le responsable de l'après-vente a passé une quinzaine de minutes à m'expliquer, en me montrant où et quoi dévisser sur une fenêtre de démonstration. Niveau 2 terminé.

Dans la théorie, c'est trop facile : trois vis en tout et pour tout. On retire les deux vis du montant vertical "central" (celui sur lequel se trouve la poignée), on retire la vis du montant inférieur (là où se trouve le joint à changer), les deux montants s'enlèvent, on retire l'ancien joint, on met le nouveau et on revisse. Dans la pratique, c'est une autre paire de manches.

Pour une raison simple. Deux, même. Simples toutes les deux.

La première raison, c'est que si on démonte le cadre, le double vitrage n'est plus retenu par rien. Il est seulement glissé dans les rainures du cadre. Les joints en plastique faisaient légèrement ventouse, mais la durée de vie de cette adhérence s'est révélée plutôt brève. Par chance, lorsque ce foutu double vitrage (15 kilos à mon avis) a commencé à se barrer, j'étais en train de démonter la troisième vis qui m'intéressait. Et ça n'a pas glissé d'un seul coup, juste descendu de quelques millimètres. Il était toutefois évident que la chute risquait d'être plus dramatique si j'ôtais le montant inférieur du cadre. J'ai donc gentiment déposé ce foutu double vitrage, pour constater immédiatement après qu'il était plutôt coupant. Dire que j'ai mis du sang partout est un euphémisme. Si je disparais soudainement, les enquêteurs pourront penser que je me suis fait trucider chez moi, du fait des nombreuses traces de sang qu'ils vont y trouver[1].

La seconde raison, c'est qu'un joint neuf de type "joint de calfeutrage", c'est très épais par rapport à l'emplacement où on souhaite le mettre. C'est d'ailleurs le but : la compression oblige le machin à "remplir" l'espace disponible. Mais pour mettre un joint neuf de ce type entre le montant (certes démonté) d'une fenêtre et le vitrage, il faut se lever tôt ou disposer d'un outillage spécial, toutes deux qualités qui m'ont cruellement fait défaut. Allez mettre un truc donc l'épaisseur est, non compressé, légèrement supérieure à un millimètre dans un espace d'environ un quart de millimètre. J'ai essayé pendant près de quatre heures, sans aucun succès. Quand je tentais de repositionner le montant sur le vitrage, ou le vitrage dans la rainure du montant, ce fut toujours un échec critique.

Je n'ai pas trouvé de solution. La nuit arrivant, et la température baissant, j'ai remonté (difficilement, puisqu'il faut glisser ce foutu vitrage qui pèse des tonnes dans les rainures du cadre avant d'espérer pouvoir visser quoi que ce soit) la fenêtre. Et je m'accorde maintenant le temps de la réflexion. Deux ou trois années, au moins. Niveau trois raté, en beauté.

Notes

[1] Chérie, tu es prévenue.