Autorité et responsabilité

Une fois n'est pas coutume, le titre de la présente note n'est pas celui qui m'est venu spontanément[1]. Je n'irai pas jusqu'à dire que je me suis censuré, mais j'ai opté pour un titre peut-être moins percutant, plus politiquement correct, mais surtout moins apte à des interprétations complètement aux antipodes de ce que je veux dire. Et pourtant, j'aime bien ça, que l'on se trompe sur le contenu de ma note (Gorge profonde est toujours dans le top des notes lues et des mots-clés recherchés).

Depuis maintenant un peu plus de trois ans, je suis inscrit sur les listes d'experts de justice de notre jolie Cour d'Appel. Tout venant à qui sait attendre, je commence à recevoir des dossiers - certes pas une avalanche, juste ce qu'il faut pour commencer. Surtout du civil, même si quelques dossiers rouges[2] se glissent dans la pile. J'ai encore peu de recul sur la pratique expertale, il s'en faut de beaucoup.

L'expert n'a aucun pouvoir particulier, et c'est une très bonne chose : nous sommes avant tout des techniciens, ni juristes, ni policiers, ni juges. Notre autorité, dans un dossier, est basée sur notre maîtrise technique et sur le fait d'avoir été désigné par un magistrat. En dehors d'un dossier, nous ne sommes rien que des professionnels d'un domaine d'activité. Dans le dossier, nous ne sommes rien que celui qui doit apporter des réponses au magistrat - mais rien de moins, les dites réponses pouvant avoir un impact significatif sur le règlement du dossier.

La responsabilité n'est pas mince. Elle est même terrible.

Pas terrible au sens de génial quand est-ce qu'on recommence ?. Ni au sens de ce que je trouve me terrifie. Non, juste au sens de on n'interagit pas à la légère avec la vie d'individus. Car un dossier d'expertise, au civil comme au pénal[3], ce sont d'abord des êtres humains (ou des personnes morales, mais représentées par des humains). Le rapport d'expertise fera que je serai peut-être qualifié de génie universel par l'un et de moins que rien par l'autre - mais dans tous les cas ce travail aura une influence, qui peut être profonde, sur des individus, leur vie, leur fortune[4].

Je n'imagine pas un expert de justice traitant un dossier par-dessous la jambe.

Notes

[1] Non, vous ne saurez pas le titre auquel je pensais.

[2] Mon code de couleurs personnel : bleu ou vert pour le civil, rouge pour le pénal.

[3] Au pénal, c'est évident et il y a des gens-en-bleu qui interagissent bien plus que ce que je ne peux faire avec la vie des personnes concernées.

[4] Au sens étymologique du terme.

Commentaires

1. Le samedi 23 janvier 2010, 09:03 par Kozlika

Tiens ça tombe bien que tu parles de ça car je voulais justement te demander si tu connaissais le blog de Zythom ? Je pense qu'il pourrait t'intéresser, il est lui aussi expert judiciaire : http://zythom.blogspot.com/

2. Le mardi 26 janvier 2010, 19:15 par Nuits de Chine

Kozlika : oui, je connais le blog de Zythom et je le lis régulièrement - Maître Eolas me l'avait indiqué il y a trois ans.