Quand le Diable s'en mêle

Hier, avec CeT, nous nous perdîmes à l'Opéra afin d'y savourer un Faust de Gounod de fort bonne facture - quoi que je ne puisse m'empêcher de pester un peu, rien cependant par rapport à la Dame de Pique.

Je commence par la mise en scène. M. Nicolas Joël va aller prochainement officier à Paris, et c'est fort dommage pour nous. J'ai beaucoup aimé la mise en scène[1]. Quelques surfaces semi-réfléchissantes, une ambiance teintée de bleu parfois déchiré de rouge lorsque Méphisto s'exprime, très peu d'éléments annexes, et pourtant tout y était... Mention spéciale pour le premier acte (dans l'étude de Faust) et pour le tableau à la cathédrale. Bravo monsieur Joël, et continuez longtemps ainsi. Moi qui aime les styles dépouillés, j'étais servi.

Servi, nous l'étions aussi par une Marguerite (Inva Mula) intéressante. Ses interrogations et ses peurs (la tentative de prière, interrompue par Méphisto), ses doutes après avoir été séduite puis abandonnée par Faust, sa folie (dernier tableau du cinquième acte, en prison) sonnaient justes, et étaient d'autant plus percutants que la mise en scène minimaliste ne nous distrayait en rien.

Faust (Giuseppe Filianoti) s'est révélé un peu emprunté mais efficace. C'est son jeu de scène et ses attitudes qui m'ont quelque peu gếnés : ça manquait un poil de conviction, pas suffisamment pour gâcher le plaisir de l'entendre, mais comme un truc qui vous gratte quand tous les regards sont braqués sur vous et que vous ne pouvez vous soulager. C'est la même remarque que je ferai sur Méphisto (Orlin Anastassov). Un très belle basse, mais crénom de nom, il est supposé incarner le Diable (avec un D majuscule, s'il vous plaît). Il n'était pas assez démoniaque, pas assez inquiétant, presque trop retenu, trop poli, trop lisse. Son interprétation du Veau d'Or, au second acte, manquait de souffle (au sens épique du terme, pas au sens respiratoire). Le jeu de scène était très correct (notamment avec Dame Marthe, interprétée par Isabelle Vernet), la voix était puissante et solide, mais le personnage tenait plus du Petit Démon que de Satan himself.

Enfin Siebel (Blandine Staskiewicz), qui m'a un peu surpris parce que décidément j'ai du mal avec les rôles masculins tenus par des femmes[2], mais une fois le filtre adéquat en place on se laisse porter. Elle tient bien le rôle du soupirant ignoré, mais semble avoir été un peu négligée dans la mise en scène. C'est dommage, il eût été intéressant que l'on ressente, outre le désespoir de Marguerite abandonnée de son amant et celui de Faust amoureux et rongé de remords, celui de Siebel dont l'amour est ignoré.

Ajout du lendemain La nuit portant conseil, j'ai réalisé que j'avais oublié les choeurs. J'ai toujours aimé les choeurs (les bons, pas ceux des supporters avinés de quelques vagues équipes sportives), et ceux de ce dimanche n'ont nullement fait exception. Les applaudissements qu'ils ont reçus à la fin de la représentation étaient à mon avis en-dessous de ce qu'ils méritaient.

N'allez pas croire ce que je n'ai pas dit. Quelques défauts mineurs, mais ce fut un après-midi diablement agréable.

Notes

[1] A l'exception du second acte, sans grande originalité, mais il faut dire qu'il ne s'y prête guère.

[2] Il n'y a là rien de sexiste.