Mains libres et langue agile

Nan, le titre ne présage nullement d'une note plus ou moins érotique, même s'il se peut que la confusion soit volontairement entretenue.

Une partie non négligeable de mon travail est d'émettre des recommandations, plus ou moins fortes ou pénibles, sur les systèmes d'informations de mes clients. Quand je suis sollicité de façon intelligente, c'est-à-dire tôt dans le cycle de vie d'un projet, l'intégration de mes recommandations est souvent facile. A l'inverse, et c'est malheureusement le plus courant, lorsque je suis appelé très tardivement [1], l'application de mes recommandations peut se révéler douloureuse. C'est un peu comme un bâtiment : si vous vous posez les questions de sécurité incendie avant de faire les plans, il y a de grandes chances pour que le résultat soit moins coûteux et plus efficace que si ces mêmes questions sont posées la veille de l'ouverture au public, laquelle peut ne pas se faire si la commission sécurité met son veto.

Pour poursuivre l'analogie, la commission sécurité, c'est moi.

La semaine dernière, je discutais téléphoniquement avec le fournisseur d'un client. Fournisseur qui n'a toujours pas compris l'intérêt de me contacter tôt, et qui continue à m'appeler au dernier moment, comme si mon travail consistait uniquement à mettre un coup de tampon sur ses développements. Pas de chance, je prends mon travail plutôt à coeur. Autant dire que la réunion téléphonique a été, non pas vraiment houleuse, mais animée lorsque j'ai retoqué plusieurs des éléments de l'architecture prévue. En gros, un bon quart de ce qui devait être livré incessemment doit être refait en question et amélioré. Sur un projet lourd, c'est désagréable[2].

S'agissant d'une réunion téléphonique, nous utilisions tous deux la fonction "mains libres" de nos combinés - surtout utile pour le fournisseur, plusieurs de ses collaborateurs étant conviés à la discussion. Après que nous nous eûmes dit "Au revoir", je m'apprétais à couper la ligne mais, comme je le fais souvent, je regardai d'abord le temps de communication affiché sur l'écran de mon combiné. Et j'entendis une exclamation venant de l'autre bout de la ligne, où l'on supposait sans nul doute que j'avais déjà raccroché : Putain, il fait chier avec ses recommandations de m....

La ligne étant toujours active, j'ai pu répondre très courtoisement Je vais mon travail. Si vous faisiez le vôtre correctement, notamment en prenant en compte ce qui est présent dans votre cahier des charges, vous n'en seriez pas là.

Il y a eu un drôle de silence avant que je n'entende la tonalité de coupure de ligne.

Notes

[1] Caricature : la veille d'une mise en production.

[2] Cela dit, la sécurité est incluse dans son cahier des charges, il savait qu'il pouvait me contacter mais ne l'a pas fait, il doit assumer les conséquences de ses inconséquences.

Commentaires

1. Le mardi 7 avril 2009, 06:32 par TarValanion

La fonction "Mains libres" a.k.a. "Haut Parleur", c'est le mal. C'est très désagréable, je trouve. Et en plus, ça engendre souvent ce genre de situations embarrassantes. Combien de fois moi et mes collègues avons entendus un utilisateur insatisfait s'exclamer "Mais quel(le) con(ne) alors!" à la fin d'un appel, ce qui n'est jamais très agréables.

2. Le mardi 7 avril 2009, 13:33 par khey

rhaaaaa, ça m'est arrivé, avec quelqu'un que tarval connait, le n°1 du top ten des chieurs chez grosnavions ahahahahahahahahahah
il a du avoir l'air con ...

3. Le mardi 7 avril 2009, 20:25 par Nuits de Chine

TarValanion : c'est bien pratique pour prendre des notes et tout ça. Et sur une conversation longue, ça évite d'avoir mal à l'oreille.
Khey (et TarValanion) : je suis persuadé que ce genre d'incident est bien plus courant qu'on ne l'imagine.

4. Le dimanche 12 avril 2009, 15:01 par Gertrude

C'est fou le nombre de gens négligents dans leur métier. Heureusement qu'ils ne sont pas tous architectes...

5. Le mardi 14 avril 2009, 23:31 par Nuits de Chine

Gertrude : ce n'est guère mieux s'ils sont chirurgiens, comptables ou plombiers...