Conclusion : j'ai l'air honnête

Il est un adage connu de tous ceux qui s'engagent dans des activités aux limites de la légalité (généralement du mauvais côte de cette frontière) : quoi que vous fassiez, ayez l'air d'avoir pleinement le droit et l'autorité de le faire. Bien que ne doutant pas un instant de la véracité de cette assertion, que j'ai vérifiée plus d'une fois dans le cadre de mes activités professionnelles[1], je ne l'avais jamais validée dans un contexte non professionnel et, de surcroît, improvisé. C'est fait depuis dimanche soir, date à laquelle j'ai emprunté un scooter.

Le terme emprunté est en italiques car j'avais, et j'ai toujours, l'autorisation de l'amie propriétaire dudit scooter, en panne depuis quelques mois[2], pour prendre l'impétrant et l'amener à l'un de mes voisins, bricoleur motoriste de longue date. Toutefois, ladite amie était absente dimanche soir, son scooter étant garé dans la rue avec tout ce qu'il faut d'antivols et autres cadenas. Comme il n'était pas attaché à un mur ou à un piquet quelconque, l'épreuve n'était pas insurmontable.

J'ai donc levé le scooter, afin que sa roue avant (bloquée par un cadenas, la direction étant bloquée elle-aussi par le Neimann) soit dans mon coffre, la roue arrière reposant sur la route. A l'aide de moult sangles de déménageur, j'ai fixé le biniou pour éviter qu'il ne verse d'un côté ou de l'autre ou que, suite à un cahot, la roue avant ne sorte du coffre, laissant le scooter errer sur la chaussée[3]. Et j'ai roulé, d'abord en ville, puis sur une voie rapide, et enfin sur les petites départementales qui font tout le charme et une grande partie de la mortalité de notre belle civilisation automobile.

Personne ne s'est posé la moindre question quant à cette opération, pourtant réalisée en pleine rue (pas très passante, je le concède). J'ai même discuté avec quelques passants, habitant dans la rue, qui ne me connaissaient ni d'Adam ni d'Eve et auraient très bien pu considérer que je volais le scooter. Mais non, rien, pas de remarque ni le moindre appel aux forces de l'ordre pour signaler qu'un individu louche et pathibulaire levait un scooter dont, à l'évidence, il n'avait pas les clés. Ce fut pareil sur la route : l'attelage un peu hétéroclite aurait pu attirer l'attention d'un quelconque pandore, justifiant au moins une demande de papiers. Déception derechef.

Bref, je dois avoir la tronche d'une brave pomme honnête jusqu'au bout des ongles.

Juste pour rire, changeons un tantinet la situation. Si une personne dont les géniteurs sont, disons, originaires d'outre-Méditerranée, avait fait exactement la même chose, exactement dans le même contexte, combien de temps aurait-il fallu à la Police pour arriver ?

Notes

[1] Parfaitement légitimes et légales, je précise au cas où.

[2] C'est le scooter qui est en panne. Quoi que.

[3] Probablement pas bien longtemps, mais certainement avec des conséquences désagréables pour les autres usagers de la route et pour le scooter.

Commentaires

1. Le lundi 4 février 2008, 16:48 par TarValanion

Je dirais entre 5 et 10 minutes, peut-etre plus si la mami delatrice a perdu ses lunettes-speciales-pour-lire-les-touches-du-telephone...