Glissements de la langue

L'avantage des langues mortes, c'est qu'elles ne bougent plus et que donc les mots n'acquièrent pas de nouvelles significations. Certes, on s'emmerde un peu mais au moins il n'y a pas de mauvaises surprises liées à des interprétations divergentes des paroles. La caractéristique des langues vivantes, c'est justement qu'elles évoluent. Ce qui amène parfois à des situations amusantes.

Il y a quelques temps, l'Héritier et moi étions dans un vague fast-food ou assimilé. On commande, on s'embrouille un peu mais pas trop, la caissière/serveuse nous sert, je demande une sauce, la damoiselle va la chercher parce qu'elle n'en a plus à côté de sa caisse. Etant raisonnablement poli, je la remercie avec l'une de ces formules un peu obsolètes que j'affectionne :

"Merci mademoiselle, vous êtes bien bonne."

Après deux longues secondes durant lesquelles elle m'a fixé, limite foudroyé, du regard, elle a juste dit

"Je préfèrerai que vous utilisiez une autre expression."

Ce n'est qu'à ce moment que j'ai réalisé la différence entre ce que j'avais dit et ce qu'elle avait compris.


Hier, je vaquais dans une grande surface, à la recherche d'un objet bien précis dont l'exemplaire dont je dispose approche de sa fin de vie, et qu'il me faut changer. Je me retrouve dans le rayon des cafetières, et je cherche sans succès ce qui aurait pu faire mon bonheur. J'avise l'un des collaborateurs dudit magasin, je m'approche de lui à pas feutrés et je lui demande innocemment :

"Excusez-moi, je cherche un joint, est-ce que vous en auriez ?"

De nouveau, j'ai droit à un regard qui aurait pu me clouer au mur s'il y en avait eu un, puis à la réponse

"On ne fait pas ça ici.[1]"

J'ai dû préciser ma recherche, un joint de cafetière, mais pour mon malheur ils ne faisaient pas non plus.


Oui, je sais que le titre prête à d'autres interprétations. Ce n'est pas pire que ce que j'ai déjà fait.

Notes

[1] Il eût été amusant que la réponse soit "Hé chuis clean m'sieur, pas la peine de me tendre un piège, j'deale plus comme dit au juge" ou quelque chose du genre.

Commentaires

1. Le vendredi 15 septembre 2006, 23:31 par palpatine

Dans le même goût, une fois j'ai dit à Fûûli*n sur msn (je garde son anonymat, Koz' est abonnée aux commentaires apparemment :D) "petite coquine", et là, j'ai réalisé que arg (surtout avec la réaction plus ou moins forcée derrière :s ), et je ne savais plus trop où me mettre, derrière mon clavier :$ (heureusement, on me connaît, je suis un homme bon ^^ ; et sans ambiguïté, évidemment). On ne peut plus rien dire, c'est terrible, même "charmante" est en train d'être dénaturé :(.

2. Le vendredi 15 septembre 2006, 23:33 par palpatine

Arg, wiki stupide, c'est possible de mettre des parenthèse à la place des crochets dans mon comm' précédent ? ;) (comment protège-t-on ce genre de choses ? Et c'est pas possible de parser un coup pour savoir si c'était vraiment un lien ? Pfiou :/ )

Yep c'est corrigé
3. Le samedi 16 septembre 2006, 10:18 par le platane

L'obsolence de votre politesse eu été portée à son point d'incan-décence si vous eussiez dit à cette adolescente qu'elle était TROP bonne

4. Le samedi 16 septembre 2006, 11:16 par Nuits de Chine

Le Platane : c'est à méditer, le risque étant que je n'use de cette expression modifiée la prochaine fois.
-- Xj

5. Le samedi 16 septembre 2006, 22:30 par Vroumette

Bon sang, mais fais un effort, allez entraines toi :
"yep m'ci z'elle" pour le premier cas de figure, et pour le deuxième : "yo man, t'aurais pas des oinjs de cafèt steup ?".

Pffffff, faut tout te dire !

6. Le dimanche 17 septembre 2006, 23:13 par astra

lol ! C'est excellent !!! Ce que je trouve particulièrement terrible dans les phénomènes de "glissement de langue" (lol !) c'est que les gens oublient trop souvent que les mots qu'ils utilisent n'ont pas qu'un sens unique.

7. Le lundi 18 septembre 2006, 11:57 par Nuits de Chine

Vroumette : je suis vieux jeu, faut pas l'oublier non plus.
Astra : l'avantage, c'est que dans ces deux situations je peux me défendre en accusant l'autre d'avoir l'esprit "mal tourné".
-- Xj