Les délices du service public

Allez hop, ça fait un moment que j'ai pas râlé sur nos servicieux publics, faudrait pas provoquer d'effet de manque.
Comme toujours, y'a du bon et du mauvais.

Commençons par le mauvais. Faisant partie de la joyeuse congrégation des assujettis à la TVA, je joue (comme bien d'autres) le rôle de collecteur d'impôts pour le vautour de Bercy. Tous les trimestres, parce que je le vaux bien, je reverse au Tonneau des Danaïdes public la TVA ainsi touchée. Jusque là, rien de très spécial, on est en France, y'a juste diverses paperasses à remplir, pas la peine de se demander où passent les quelques forêts épargnées par les pyromanes estivaux. Ces papiers sont expédiés par le gentil service des impôts dont je dépends. Expédiés, je dois le préciser, par le biais d'un autre servicieux public usuellement appelé La Poste[1].

Or donc, je reçois aujourd'hui (21 avril, pour les lecteurs du futur) une 3514K, élégamment appelée Avis d'Acompte sur la Taxe sur la Valeur Ajoutée. Bref, la paperasse trimestrielle à remplir et à renvoyer, accompagnée d'un joli chèque. Sur cette 3514K est portée la seule information réellement pertinente, qui est la date limite pour payer. Vous le voyez venir, alors je vais abréger le suspens, cette date est (était, en l'occurence) le 16 avril. Il y a cinq jours. Les 3514K étant envoyées en début de mois, cela signifie que pour faire le trajet Hôtel des Impôts - ma boîte à lettres professionnelle, soit au bas mot allons soyons fous 5 kilomètres, la lettre a mis 20 jours. Ce qui donne la vitesse stupéfiante de 250 mètres par jour. A titre de comparaison, les tunneliers qui creusent actuellement les lignes de métro avancent aux environs de 100 mètres par jour. La Poste est 2,5 fois plus rapide qu'un tunnelier, chapeau le service public.

J'appelle la Trésorerie pour tenter de négocier l'élimination des 10% de pénalité (hé oui, c'est aussi ça la France, on est puni même quand on n'a rien fait de mal). La personne au bout du fil ne me demande qu'une seule chose, l'adresse professionnelle. Quand je la lui donne, j'entends un grand soupir : 25% des lettres destinées à cette adresse[2] se perdent, ne sont pas distribuées[3] ou sont distribuées avec un retard conséquent. Re-chapeau le service public.

Enfin, le bon. Le gars de la Trésorerie me dit simplement (je grasse) Ben vous remplissez la 3514, vous faites le chèque, et vous joignez un mot disant que vous avez reçu l'imprimé bien après la fin de la guerre, à la longue quelqu'un devrait finir par faire quelque chose pour régler ces problèmes. Si l'un des servicieux publics les plus honnis qui soient se met à critiquer aussi ouvertement un autre servicieux public, où allons-nous ma bonne dame ?

Notes

[1] Moi je l'appelle pas, je me déplace, c'est plus sûr, au moins je sais s'ils sont en grève ou non.

[2] Qui est tout de même un très grand immeuble de bureaux, tout neuf, regroupant une centaine d'entreprises.

[3] Je n'ai ainsi jamais reçu ma CA12, imprimé récapitulatif de la TVA versée durant une année.