Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Je n'ai pas la réponse générale à cette grave et ancienne question, qui taraude les humains comme le ver la poutre. Par contre, j'ai au moins une réponse particulière, et c'est oui. En plus, ce n'est même pas une bonne âme, bien au contraire, il y a des relents de maléfice là-derrière.

De prime abord, l'objet semble anodin. Il s'agit bien évidemment d'une ruse afin de tromper la victime, qui sera par la suite immolée sur un autel de douleur. Ayant oublié depuis des lustres de me tremper l'arrière-train dans de l'eau bénite, il est évident que mes anges gardiens se sont fait la belle (au sens de "sont partis ailleurs", pas de "sont allés voir une jolie damoiselle pour lui refaire le coup de l'Annonce à Marie") depuis un bail. L'objet malévolent n'eut aucune peine à se rendre compte que je serais une victime facile.

Alors qu'en toute innocence je venais de saisir ce que je ne savais pas encore être mon bourreau, ce dernier, probablement par une dématérialisation démoniaque, est passé au travers de ma main. Tout démon qu'il est, sans support physique et sans ailes (dans son déguisement, cela aurait manqué de discrétion), il ne put échaper à la dure loi de la gravitation. Sa trajectoire fut donc verticale, avec une accélération de 9,81 m/s/s, et ne prit fin qu'une fois arrivé au sol. Enfin, pas tout à fait au sol, puisqu'il a rencontré l'extrémité de ma chaussure juste avant. Pile sur le bout des orteils (pour moi) et le bord (pour lui).

La petite danse unijambiste que j'entrepris alors, entrecoupée de diverses vociférations qu'il ne convient pas de retranscrire ici, a sans doute joué un rôle bien involontaire d'exorcisme. Je pus prendre l'objet et le mettre à sa place. Même pas abîmé, en plus.

Claudiquant légèrement, je continue à vaquer, puis arrive à la fin de mon périple. Là, je prends l'objet pour le poser sur une surface horizontale mobile, parce que c'est comme ça aujourd'hui. Je cherche encore à comprendre comment il a réussi à choir aussi brutalement sur l'ongle du petit doigt de ma main droite : à un instant, je le tenais de la main gauche pour le poser (mais où était ma main droite ? ça paraît totalement illogique que je l'aie laissée sur le tapis roulant de la caisse), l'instant d'après mon ongle subissait une très violente agression.

J'ai rencontré ma première boîte de conserve possédée. Décidément, les centres commerciaux, je crois que je devrais éviter.

En passant, si quelqu'un veut d'une boîte de 1 kilo de boeuf bourguignon, je suis prêt à la céder à un bon prix. Parce que j'hésite à l'ouvrir, et je crains que l'oublier dans mes placards ne l'amène à contaminer toutes ses voisines.

Il y de drôles de bruits dans ma cuisine. Attendez un peu, je vais voir...

Commentaires

1. Le jeudi 3 février 2005, 00:13 par [Inconnu]
TsssTsss...Ca vous apprendra à aller dans des supermarchés pour y acheter des boîtes de conserve...Recette du boeuf bourguignon ci-dessous...C'est très facile à faire quand on a un bon boucher.cliquez ici
2. Le jeudi 3 février 2005, 02:55 par [Inconnu]
niark niark niark... je te l'avais dit ! à force d'incantations CA Y EST ! j'approche enfin du but !... ma petite poupée est truffée d'aiguilles, je vais bientôt trouver le point *vraiment* sensible... ne bouge pas !
;o)
3. Le jeudi 3 février 2005, 14:34 par [Inconnu]
Ah oui mais ça c'est typique du boeuf bourguignon ! Quand il dit "Gnon", c'est gnon !
4. Le jeudi 3 février 2005, 18:34 par [Inconnu]
Un exorciste, viiiiiiiiiiiiite !!
5. Le dimanche 6 février 2005, 20:58 par [Inconnu]
Quand on achète du boeuf bourguignon en boite, on est toujours puni...
6. Le dimanche 6 février 2005, 23:19 par Krein
Moi j'ouvrirais, par pure curiosité. Et j'aurais préparé mon appareil photo. Sinon tu peux toujours l'offrir à un voisin bruyant.
7. Le lundi 7 février 2005, 00:01 par Hémisphère M
C'est main dans la main avec Poly et fleur bleue que je signe (ce qui n'est franchement pas simple, il ne reste plus que la bouche de libre pour tenir le stylo)
Quelle idée saugrenue le boeuf en boîte. Et de 1kg encore. Il faut jeter ça de suite, c'est forcément hanté.
8. Le lundi 7 février 2005, 10:25 par [Inconnu]
Poly : la recette a l'air intéressante, ainsi que tout le site d'ailleurs. Quant aux super-marchés, je plaide coupable.
Krakott : la dernière à s'être lancée dans un duel thaumaturgique avec moi l'a amèrement regretté. A toi de voir...
Acrostiche : sur le pied, ça s'appelle aussi un gnon ?
Maxy_vince : si tu as une bonne adresse, je suis preneur.
Heure_bleue : mais je savais pas que c'était pas bien !
Krein : Justement, je réfléchis à offrir cette boîte au voisin-pénible. Sans l'ouvrir. Et livraison directe dans sa face.
Hémisphère : Bon, bon, j'ai compris que la secte des boeufs-bourguignons-pas-en-boîte n'est pas très heureuse de mes actions, je me repens.
-- xj
9. Le dimanche 13 février 2005, 16:49 par [Inconnu]
Le démon des boites de conserves est de retour...attention à vos membres(*hilare*)
10. Le vendredi 11 mars 2005, 17:54 par Tcheni
Sans même aborder le délicat problème de la controverse de valladolid appliquée aux boîtes de conserve, on pourrait, d'un point de vue strictement pragmatique, s'étonner de la persistence de certains phénomènes troublants :
Pourquoi le petit objet qu'on lâche roule-t-il toujours sous un meuble, fut-ce sous l'unique pièce de mobilier d'une pièce gigantesque ?
Pourquoi les pieds de lit se trouvent-ils toujours sur la trajectoire de nos petits orteils ?
Pourquoi le verre qu'on renverse est-il toujours plein quand le verre qu'on ne renverse pas est toujours vide ?
J'ai pour ma part coutume de ne pas me laisser faire par les objets : loin de leur accorder une âme, je les suppose insensibles et leur lance lorsqu'ils s'y mettent les pires invectives, les propulse à travers murs et maudit les récalcitrants sur sept générations. Après quoi, je m'excuse. On ne sait jamais.
11. Le vendredi 11 mars 2005, 17:58 par Tcheni
Sans même aborder le délicat problème de la controverse de valladolid appliquée aux boîtes de conserve, on pourrait, d'un point de vue strictement pragmatique, s'étonner de la persistence de certains phénomènes troublants :
Pourquoi le petit objet qu'on lâche roule-t-il toujours sous un meuble, fut-ce sous l'unique pièce de mobilier d'une pièce gigantesque ?
Pourquoi les pieds de lit se trouvent-ils toujours sur la trajectoire de nos petits orteils ?
Pourquoi le verre qu'on renverse est-il toujours plein quand le verre qu'on ne renverse pas est toujours vide ?
J'ai pour ma part coutume de ne pas me laisser faire par les objets : loin de leur accorder une âme, je les suppose insensibles et leur lance lorsqu'ils s'y mettent les pires invectives, les propulse à travers murs et maudit les récalcitrants sur sept générations. Après quoi, je m'excuse. On ne sait jamais.
12. Le samedi 23 avril 2005, 06:45 par Jlcharlier
tu as apparemment tout compris, j'acquièse, mais est-ce vraiment Lamartine qui a parlé d'objets ? Je le croyais plus romantique et moins surréaliste