Moi : 1, Banque : 0

Bureau. Ambiance zen, cool, les neurones s'entrechoquent. Bref, ça bosse. Dring dring dring, téléphone. Je décroche et, de ma belle voix, déclame "XYZ bonjour". A l'autre bout, une petite voix féminine m'interpelle gentiment "Monsieur XYZ ? Bonjour, ici Madame D". Madame D, c'est ma banquière, qui vit une histoire passionnelle avec mes comptes en banque. Chuis un client un peu hors normes, faut dire. Reprenons.
"Nous avons un petit problème avec votre compte abcd." Comme je suis à la culotte mes différents comptes, je sais bien duquel elle parle. Je l'attendais depuis quelque temps déjà, ce coup de fil. Suis-je donc retors.
"Quel problème Madame ?
Et bien heu pour tout dire, vous êtes au-dessus du plafond autorisé des dépôts." Voilà c'est dit, ma banquière vient pleurer parce que j'ai trop d'argent sur un compte.
- Ha bon ? A combien est le plafond ?
- 35000 euros, et ce compte est à 42000." La pauvrette, je la laisse tresser la corde pour la pendre. D'après le son de sa voix, elle s'en doute. Faut tout de meme pas que je rate ma mise en scène, donc je poursuis gentiment, style le bénêt qui n'a rien compris. Elle n'est pas dupe mais je suis le client.
- Depuis combien de temps suis-je au-dessus du plafond ?
- Hmmm je ne sais pas il faut que je vérifie." Elle sent le piège béant qu'elle est elle-même en train de creuser. Sons distants d'un clavier que l'on maltraite, et puis la réponse arrive. "Depuis presque quatre mois.
- Que se passe-t-il quand on dépasse le plafond ? demandé-je, innocent.
- L'argent ne travaille plus, c'est tout.
- Vous voulez dire qu'il n'y a plus d'intérêts versés pour la tranche au-delà du plafond, non ? réponds-je.
- Oui, c'est pareil.
- Non ce n'est pas pareil. A moins qu'il n'y ait eu un changement majeur quelque part, vous faites toujours travailler l'argent de tous vos clients. Là, vous gardez l'intégralité des intérêts que mon dépassement génère, plutôt que de m'en reverser une partie. Non ?
- Heuuu probablement oui". Voix génée. Faut jamais rater un banquier quand on en tient un, même si c'est une p'tite nana mignonne comme un coeur.
- Et vous avez mis quatre mois pour vous en apercevoir, soit environ hmmmm une grosse centaine d'euros d'intérêts que vous conservez par devers vous, presque 150." Silence à l'autre bout du fil. Elle attend la suite, elle doit prier tous les saints qu'elle connaît. Les fers sont chauds, c'est le moment de travailler la victime.
"Puisque je vous ai au bout du fil, madame, j'ai regardé les performances des placements que vous m'avez conseillés et, franchement, c'est très mauvais.
- La bourse n'a pas fait des étincelles ces derniers mois, vous le savez.
- Oui, je sais. Mais sur les placements que je gère moi-même, je fais largement mieux que vous. Je suis inquiet, si vos gestionnaires professionnels, sans nul doute très bien payés, ne sont pas capables de faire mieux qu'un amateur comme moi...
- La différence ne doit pas être si grande que ça.
- Contrôlez, s'il vous plait". Je la connaît, ladite différence. Re-bruits de clavier qu'on caresse. Silence. Lourd, pesant, et qui dure. C'est à elle de parler, je laisse filer, et enfin la voix revient.
"Ha oui quand même, dit-elle dans un souffle, presque un soupir.
- Ben oui, alors si on ajoute la désastreuse performance de vos gestionnaires, notamment comparée à ma performance propre, l'oubli de me signaler rapidement un dépassement de plafond, tout ça... vous comprenez, je suis très ennuyé." Tout ça dit de la voix du prof-désolé-de-la-nullité-soudaine-de-son-élève-préférée. Silence, elle attend le coup de grâce qui ne saurait tarder. Je tourne déjà le mot dans ma bouche, m'en délectant. Ce mot, c'est extourne. Vulgairement comparable à l'expression remboursement de frais bancaires, mais tellement plus jouissif à dire à un banquier.
"Il s'avère (ô Hasard, comme tu fais bien les choses, mais ça je l'ai seulement pensé) il s'avère donc que j'ai fait un rapide calcul des frais bancaires que vous avez prélevé pour les différents services que vous me fournissez. Sur les cinq dernières années, ça s'élève à quelque chose comme 1500 euros.
- Ouiiii ?" Absolument rien d'érotique dans ce "oui" avec un i qui se prolonge.
- Je vous en demande une extourne, et la suppression complète de ces frais à l'avenir." Pan, dans les dents. KO, la petite, même si elle s'attendait à un truc du genre.
- Heuu je ne sais pas si je peux faire ça.
- Je suis certain, Madame D, que vous allez trouver une solution qui me satisfaira pleinement. Parlez-en au besoin à Monsieur V (c'est le chef de l'agence, qui gérait mes comptes avant de prendre du galon).
- Je vais voir ce que je peux faire, Monsieur. Au revoir.
- Au revoir Madame, merci de votre appel." Clac, fin de la communication. Je repose mon téléphone, avec un rien de jubilation. Je sais qu'elle le fera. Le vengeur masqué a encore frappé, au nom de tous ceux qui sont en permanence ennuyés par leur banquier.

Commentaires

1. Le vendredi 19 septembre 2003, 13:15 par [Inconnu]
boudi !! ^^ bien joué ^^, je vais prendre des cours pour :le garagiste, l'empaffé d'électricien, le banquier (en session de rattrappage) et aussi j'aurais besoin de qq notions côté dentiste... sont pas mal eux aussi...
en tout cas chapeau bas, trop fort !
2. Le vendredi 19 septembre 2003, 14:12 par [Inconnu]
Bravo.
Moi je laisse les banquiers travaillers (j'y comprends rien à leur jargon).
Je me contente de peser de tout mon poids psychologiques sur leur frèles épaules (c'est fou ce qu'un regard peut faire transpirer quelqu'un), et ma p'tite femme (que j'adore) à le chic pour leur retourner les trippes à coup de petites phrases assassines.
Comme toi en fait.
J'adore.
Depuis, on est plus embêté, par les banquiers.
3. Le vendredi 19 septembre 2003, 15:08 par [Inconnu]
Vas-y! vole-lui dans les plumes!
Vengeance!!!
Tu veux opas venir dire deux mots à la mienne, de banquière? Celle qui a supprimé ma CB sans prévenir parce que j'avais 100 euros de découvert (sur 800 autorisés)? Ma tête quand la machine a avalé ma carte!
De plus, elle m'avait eu le matin même au téléphone pour prendre rdv avec moi et ne m'avait rien dit... saleté!
Heuruesment pour moi que je n'étais pas à l'étranger...
4. Le samedi 20 septembre 2003, 16:17 par [Inconnu]
Tiens je t'offre mon premier bonbon !
Tu le mérite bien!
Superbe!