Nuits de Chine, nuits câlines

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lundi 17 mai 2010

Erreur de la banque en votre faveur

Parmi les récriminations que de nombreux experts de justice font, celle qui occupe la première place est sans doute les délais de règlement de nos prestations. Je n'ai pas encore assez de recul pour pouvoir dire si elle est totalement justifiée, quelque peu exagérée ou simplement très dépendante des dits tribunaux. Pour le moment, le délai moyen que j'observe se situe entre deux et trois mois.

Avec parfois des exceptions. Peut-être était-ce en l'honneur de mon grand âge, fêté comme il se doit il y a quelques jours, peut-être pour une autre raison, toujours est-il que j'ai reçu un virement il y a une dizaine de jours pour une facture datant de décembre 2008. Diantre, direz-vous, presque 18 mois de délai de règlement, voilà qui n'est pas anodin. Ce n'est pas faux.

Sauf que cette facture m'avait déjà été réglée[1]. Je viens de passer une petite demie-heure, avec le régisseur du tribunal en question puis avec le service administratif régional, pour clarifier tout cela. C'est, vous vous en doutez, une erreur de leur part. C'était un beau cadeau d'anniversaire mais il me faut le rendre.

Tout me porte à croire, j'espère de façon erronée, que personne ne se serait aperçu de rien si je n'avais pas moi-même signalé le double paiement. Faire profil bas et la jouer surpris (dans le cas où l'erreur aurait été relevée ultérieurement par les services comptables de la Cour d'Appel) aurait pu être une stratégie, qui je le concède m'a effleuré l'esprit. Sauf que, dans le cas où l'erreur aurait été relevée ultérieurement, on aurait pu me reprocher de ne pas l'avoir signalée - et un expert de justice qui garde indûment de l'argent trop versé, ça pourrait faire mauvaise impression.

Ce n'est toutefois pas la crainte de la sanction qui m'a sauté à l'esprit lorsque je me suis demandé s'il fallait signaler l'erreur.

J'ai des réticences violentes à toucher de l'argent que je ne mérite pas[2]. Et surtout, le budget du ministère de la Justice étant ce qu'il est, cela signifiait qu'un autre expert devrait peut-être attendre encore un peu le règlement d'une ou plusieurs de ses factures.

J'ai toujours reproché à mes parents, sans jamais le leur avoir dit, de m'avoir inculqué une scrupuleuse honnêteté.

Notes

[1] Certes, en décembre 2009, soit donc avec 12 mois de délai.

[2] Raison pour laquelle je ne suis pas joueur.

lundi 3 mai 2010

Elektra - Richard Strauss

L'argument de cet opéra est relativement simple. Il procède d'une pièce de Sophocle. L'action se déroule à Mycènes peu de temps après la guerre de Troie.

Môman (Clytemnestre, Agnes Baltsa), avec l'aide de son Amant (Egisthe, Donald Kaasch), a gentiment trucidé Pôpa (Agamemnon). Fifille 1 (Electre, Susan Bullock) ne rêve que de vengeance, de sang qui coule et de têtes qui roulent, alors que Fifille 2 (Chrysothémis, Silvana Dussmann) préfèrerai vraiment qu'on oublie tout ça et qu'on fasse des enfants. Fifille 1 est un peu complètement folle, genre à lier, mais c'est une fille de roi et ce sont des choses qui ne se font pas. Môman fait de mauvais rêves depuis qu'elle a occis Pôpa, et s'interroge sur les sacrifices et offrandes à faire aux dieux pour chasser ces mauvais rêves. Elle va jusqu'à demander que faire à Fifille 1. Cette dernière lui assure connaître le bon sacrifice et le bon officiant pour cela, le premier étant Môman elle-même et le second étant Frangin (Oreste, Harry Peeters[1]) qui doit revenir de son exil pour faire le ménage. Sauf que Môman, que l'amour de sa progéniture n'étouffe pas plus que ça, a dépensé moult pièces d'or pour s'assurer que Frangin trépasse loin de Mycènes, ce dont elle reçoit d'ailleurs confirmation. Grosse déprime de Fifille 1, exultation de Môman, et arrivée des messagers venant témoigner du trépas de Frangin. Sauf que ruse de sioux[2], les messagers sont en fait Frangin et son précepteur. Fifille 1 et Frangin se rencontrent et finissent par se reconnaître. Frangin pique une grosse colère et va trucider Môman à coup de hache. Puis on attend l'Amant, on le zigouille lui-aussi et tout est bien. Fifille 1, de joie, clapote.

Il y a une faiblesse dans ce scénario tragique grec : pas de relations incestueuses mère-fils ou frère-soeur[3]. Pourtant, cela aurait pu, puisqu'Oreste et Electre se rencontrent sans se reconnaître. Ca aurait autorisé le suicide d'Oreste, laissant uniquement Fifille 2 pour assurer la succession. Bref, un ressort d'intrigue qui n'a pas été exploité comme il aurait pu.

Les décors et costumes (commis par Hubert Monloup) sont étonnants pour une tragédie antique. Le plateau fait plus penser à une friche post-industrielle qu'à un palais mycénien. Et les costumes n'auraient nullement déparé dans une bonne maison de la fin du 19ème siècle. Sauf Electre, évidemment, qui serait restée dans la rue où elle n'aurait pas fait honte aux autres miséreux. Enfin, représenter une hache à couper des têtes par une pelle de terrassier, ça fait un peu bizarre.

Voilà donc pour l'extérieur de cet oeuvre.

Pour tout dire, il faut rentrer à l'intérieur, et ça prend un petit quart d'heure - jusqu'au premier dialogue entre Electre et Chrysothémis. Madame Bullock, qui a bien mérité la dizaine de minutes d'applaudissements qui l'ont saluée, éclipse tous les autres interprètes. Rien que de très normal, tout le livret est centré sur elle et elle tient la scène presque du début à la fin. Les autres voix ne sont là que pour la laisser respirer un peu. Elle incarne la folie vengeresse et l'ivresse de sang, sans trop en faire, ce qui rend le résultat encore plus violent. J'avoue que, pendant la première quinzaine de minutes, je me demandais vraiment ce que je foutais là. Et ensuite, Electre nous happe et on est scotché.

Détail amusant, il n'y a pas de musique. Enfin si, quand même un peu, mais c'est uniquement une ligne autour d'Electre. L'orchestre soutient (un peu fort parfois, couvrant les voix) l'intrigue comme un éclair peut souligner un rebondissement cinématographique. Il est difficile de dégager une mélodie ou quoi que ce soit d'autre. Il n'y a pas vraiment de bande son, juste un accompagnement sonore de l'action. Le résultat n'en est pas moins efficace.

Notes

[1] Qui n'a pas de cicatrice sur le front.

[2] Même s'ils n'étaient pas encore inventés.

[3] Le père étant mort, difficile de le faire jouer dans ce registre.

jeudi 18 mars 2010

Le bonheur tient à peu de choses

Cette damoiselle est passée à côté de quelque chose. Peut-être le bonheur, peut-être pas. Thierry...

dimanche 14 mars 2010

Pendant les travaux, la guerre continue

Peut-être vous souvenez-vous de mes algarades relatives à la ségrégation dans les toilettes de mes locaux professionnels. J'ai depuis changé de locaux, sans pour autant perdre mes bonnes habitudes.

La semaine dernière est apparue une affichette tout à fait intéressante, qu'il faut d'abord mettre en situation :

Lave-mains et affichette

Et l'affichette elle-même : Affichette toilettes

Bien sûr, la seule pensée qui a pu me venir à l'esprit en voyant cela fut J'aimerai bien vous y voir, ils sont trop hauts ces urinoirs, difficile de bien viser.

jeudi 4 février 2010

Une confiance aveugle

Le vieux paranoïaque que je suis a quelques difficultés notables avec la confiance - ou plus exactement avec son étendue. Comme beaucoup de mes contemporains, du moins je le pense, j'accorde divers niveaux de confiance selon les personnes qui la sollicitent. Entre un inconnu et l'Héritier, il est évident que le niveau de confiance ne sera pas le même[1]. Toutefois, même pour ceux qui me sont les plus proches, ma confiance ne saurait être aveugle.

Sauf lundi dernier, où par obligation il m'a fallu m'en remettre totalement à ma CeT. Suite à un examen occulaire avec dilatation de la rétine[2], je me suis retrouvé pendant quelques heures dans l'incapacité de voir normalement. Et la très piquante lumière hivernale du vif soleil qui régnait sur la région n'arrangeait rien. J'ai dû m'en remettre totalement à ma CeT, qui m'a guidé dans les rues de notre belle et grande ville tel l'aveugle que j'étais temporairement.

Pour tout dire, elle a apprécié l'exercice, qui s'est bien passé. Elle ne pouvait juste pas prévoir que des panneaux de signalisation sortiraient spontanément du sol à quelques centimètres de mon visage, rendant impossible tout évitement.

Notes

[1] Entre une BAGN et l'Héritier non plus.

[2] Je viens de réaliser ce que examen occulaire avec dilatation peut contenir comme potentiel scabreux.

lundi 1 février 2010

Abondance de biens ne nuit (probablement) pas

En me promenant de-ci, de-là, je suis tombé sur un site (au demeurant respectable) qui se révèle quelque peu aggressif quant à sa gestion des cookies. Une copie d'écran valant mieux qu'un long discours...

L'abus de cookies est mauvais pour les dents

51 cookies pour une simple page, tous provenant du même domaine (probablement un fournisseur de bandeaux publicitaires, ou un truc du genre). Si c'est pas de l'overkill, je ne sais pas ce que c'est.

mercredi 27 janvier 2010

Qu'en des termes choisis ces choses-là sont dites...

Il m'a été demandé, dans le cadre d'une manifestation publique destinée aux lycéens, de parler de la protection des données personnelles sur Internet.

Vaste sujet, et je ne dispose que d'une grosse trentaine de minutes pour m'épancher. Autant dire que je reste assez général. J'ai pas mal réfléchi à la chute de ma présentation, et après moult cogitations c'est devenu

Faust et la damnation éternelle
(cliquez sur l'image pour la version originelle).

L'idée est de faire comprendre que la mise en ligne, directement ou non, d'informations parfois très privées n'est pas toujours une bonne idée. Surtout lorsque c'est en échange d'un service apparemment gratuit.

vendredi 22 janvier 2010

Autorité et responsabilité

Une fois n'est pas coutume, le titre de la présente note n'est pas celui qui m'est venu spontanément[1]. Je n'irai pas jusqu'à dire que je me suis censuré, mais j'ai opté pour un titre peut-être moins percutant, plus politiquement correct, mais surtout moins apte à des interprétations complètement aux antipodes de ce que je veux dire. Et pourtant, j'aime bien ça, que l'on se trompe sur le contenu de ma note (Gorge profonde est toujours dans le top des notes lues et des mots-clés recherchés).

Depuis maintenant un peu plus de trois ans, je suis inscrit sur les listes d'experts de justice de notre jolie Cour d'Appel. Tout venant à qui sait attendre, je commence à recevoir des dossiers - certes pas une avalanche, juste ce qu'il faut pour commencer. Surtout du civil, même si quelques dossiers rouges[2] se glissent dans la pile. J'ai encore peu de recul sur la pratique expertale, il s'en faut de beaucoup.

L'expert n'a aucun pouvoir particulier, et c'est une très bonne chose : nous sommes avant tout des techniciens, ni juristes, ni policiers, ni juges. Notre autorité, dans un dossier, est basée sur notre maîtrise technique et sur le fait d'avoir été désigné par un magistrat. En dehors d'un dossier, nous ne sommes rien que des professionnels d'un domaine d'activité. Dans le dossier, nous ne sommes rien que celui qui doit apporter des réponses au magistrat - mais rien de moins, les dites réponses pouvant avoir un impact significatif sur le règlement du dossier.

La responsabilité n'est pas mince. Elle est même terrible.

Pas terrible au sens de génial quand est-ce qu'on recommence ?. Ni au sens de ce que je trouve me terrifie. Non, juste au sens de on n'interagit pas à la légère avec la vie d'individus. Car un dossier d'expertise, au civil comme au pénal[3], ce sont d'abord des êtres humains (ou des personnes morales, mais représentées par des humains). Le rapport d'expertise fera que je serai peut-être qualifié de génie universel par l'un et de moins que rien par l'autre - mais dans tous les cas ce travail aura une influence, qui peut être profonde, sur des individus, leur vie, leur fortune[4].

Je n'imagine pas un expert de justice traitant un dossier par-dessous la jambe.

Notes

[1] Non, vous ne saurez pas le titre auquel je pensais.

[2] Mon code de couleurs personnel : bleu ou vert pour le civil, rouge pour le pénal.

[3] Au pénal, c'est évident et il y a des gens-en-bleu qui interagissent bien plus que ce que je ne peux faire avec la vie des personnes concernées.

[4] Au sens étymologique du terme.

samedi 9 janvier 2010

Quand ça part en vrille...

La vie peut être très drôle. Même au détour d'un appel téléphonique, il y a quelques temps déjà, dans le cadre d'une expertise (au civil). J'avais besoin d'informations, et je m'enquérais auprès du fournisseur d'un certain service.

Tout a commencé par un très classique Bonjour, Nuits de Chine à l'appareil, expert de justice, je souhaite parler à Mme JoliNom s'il-vous-plaît, dit de ma voix qui, si elle n'est pas veloutée au point d'en donner des frissons à distance, n'en est pas moins assez éloignée de la crécelle.

Je m'attendais à plein de réponses de la part de ma correspondante, mais pas à un Pourquoi tant de haine ? sussuré d'une voix aussi interrogative qu'amusée. Il n'y a à mon avis que deux réactions à pareille réplique : on prend la mouche ou on sourit. Ce fut le second choix pour moi, et l'échange, tout en me permettant d'atteindre mon objectif (ou presque), a tangenté le grand n'importe quoi par moments.

Petit florilège :

  • Elle : Hooo je ne sais pas si je vais vous la passer, elle est très occupée et vous me semblez un bien vilain garçon.
  • Elle : On me dit qu'elle est allée se cacher dans une armoire. Peut-elle vous rappeler ? Moi : Bien sûr. Comme je suis souvent en déplacement je vous donne mon fixe et mon portable. Elle : Voilà une bonne initiative, enfin un homme intelligent.
  • Elle, après que je lui ai donné mon numéro fixe : Vous êtes dans le ... sud-ouest ? Il doit faire beau là-bas, non ? Moi : C'est vrai mais, vous savez, 20 degrés en novembre, c'est difficile à supporter. Elle : Haaa, les coups bas sont interdits !

J'ignore si cette personne accueille téléphoniquement tout le monde de la même manière - ce pourrait être risqué pour elle si elle tombe sur un chagrin. Il faut cependant reconnaître que c'est bien plus agréable que les portes de prison sur lesquelles on tombe parfois. Cinq minutes de rire valant paraît-il un bon steak, nous avons bien mangé.

jeudi 7 janvier 2010

Y'en a qui devraient faire plus attention

Les petits outils où on clique comme des bêtes pour faire quelque chose, au lieu de réfléchir un peu, c'est parfois des pièges. Voilà un message que j'ai reçu de l'un de mes fournisseurs...

J'espère pour eux qu'ils ont pensé à changer leur mot de passe...

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