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mardi 12 février 2008

Réminiscences et frissons

A chacun ses madeleines. Pour certains, dont Proust, elles sont gastronomiques. Sans nier que certains goûts me rappellent de vieux souvenirs d'enfance et d'insouciance, mes madeleines à moi sont olfactives et, surtout, auditives. J'ai beaucoup de mal, par exemple, à écouter Peer Gynt en essayant de faire autre chose. C'est impossible, il faut que je me pose et que j'écoute, avec de profondes délices et tout autant de frissons qui, s'ils n'ont rien de sexuel, n'en sont pas moins violemment sensuels. Rhâââ, Dans l'antre du Roi de la Montagne. Re-rhâââ, La mort d'Aase.

Je suis en train d'écouter une pièce qui a largement dépassé le statut de célèbre : Pierre et le Loup. Pas dans la version que j'écoutais il y a... 35 ans, probablement dite par Gérard Philippe (je n'ai aucun souvenir du narrateur), mais dans une version dirigée par Tugan Sokhiev (encore lui), Pierre et le Loup et autres pièces russes. J'ai acquis ce disque pour l'offrir à une de mes (nombreuses) nièces dans quelques semaines. Dédicace aidant, puisque l'enveloppe est ouverte, ce serait bien dommage de ne pas en profiter. La musique me fait exactement le même effet que Peer Gynt, ce qui me surprend un peu car je ne me souvenais pas du tout de l'avoir beaucoup écoutée. De toute évidence, elle est restée gravée au recoin de quelques circonvolutions cérébrales.

Nous sommes bien peu de choses, ma bonne dame, que quatre ou cinq notes de musique nous fassent ainsi presque retourner en enfance.

dimanche 10 février 2008

Trois cartes - et des rossignols

Que sont des émotions mitigées ? Jusqu'à présent, je n'en connaissais qu'une définition : c'est quand votre belle-mère se plante en essayant votre nouvelle Porsche. Je dois en ajouter une nouvelle, malheureusement moins compréhensible pour beaucoup : c'est d'assister à l'une des représentations de La Dame de Pique (Tchaikovsky/Pouchkine) qui se donne actuellement au Théâtre du Capitole. J'ai en effet oscillé entre l'enthousiasme le plus complet, genre hystérie des midinettes du premier rang d'un concert de Patrick Bruel, et la recherche frénétique de quelque légume en état de décomposition avancée pour le projeter sur scène.

A tout seigneur tout honneur, parlons d'abord de la mise en scène. M. Arnaud Bernard s'est fait huer pendant la première représentation et lorsqu'il a eu l'inconscience de se présenter sur scène à la fin, il s'est fait huer aujourd'hui, mais n'a pas réitéré la démarche hasardeuse d'affronter le public, opération dont, à en croire les commentaires durant les entractes et à la sortie, il n'eût pas été garanti qu'il y puisse survivre. Je suppose qu'il va se faire huer à chaque représentation.

Bien que l'essentiel des scènes se déroule dans des intérieurs de la très haute noblesse russe de la fin du 18ème siècle, dont on pourrait supposer qu'il s'agit d'un cadre raffiné, voire même luxueux, nous avons eu droit à un décor d'asile psychiatrique. La pièce débute d'ailleurs par une personne (Hermann) seule, assise sur une chaise blanche, vétu de blanc, dans un cadre tout de faïence blanche, genre salle-à-vomir que l'on peut nettoyer facilement au jet d'eau. Il n'y manquait que les bras attachés dans le dos et on y était. L'ensemble de la pièce était éclairé par des lumières allant du blafard au lugubre, sans couleurs, du blanc sur du blanc avec, pour changer, un peu de blanc.

Cela dit, ce décor sinistre aurait pu être oublié car, après tout, on vient aussi pour la pièce en elle-même. C'était sans compter sur M. Arnaud Bernard qui, dans le second acte, pour la pastorale de la Bergère Sincère, nous a quand même installé dans un intérieur des années 70 au grand complet, y compris la télévision noir et blanc allumée et la toile cirée sur la table, a fait intervenir un mafieu italien (le kit complet, avec la popeline en poil de chameau, les grosses lunettes, la valise bourrée de billets, le gros cigare, le chapeau noir à bande blanche et le garde du corps musclé), et faisait chanter les choeurs (et pas les interprêtes) en coulisses. Du grand n'improte quoi. Enfin, représenter la visite de la Tsarine Catherine la Grande par un homme travesti, en marcel, tutu transparent, et jarretelles, il fallait l'oser. Le public ne s'y est guère trompé, qui a hué.

Voilà donc pour la mise en scène, dont j'espère que celui qui a osé la commettre s'en retournera à un prudent anonymat qu'il n'eût jamais dû quitter.

Ensuite, je ne doute pas que Mme Raina Kabaivanska, qui tenait le rôle de la Comtesse, a eu une belle et grande carrière. Cependant, cette dernière est derrière elle, et pas depuis hier. Si l'on peut considérer comme judicieux de faire jouer le personnage d'une octogénaire par une interprète de plus de 70 ans, je me permets de très respectueusement faire remarquer que l'on va à l'opéra pour entendre quelque chose. Mme Kabaivanska n'a plus de voix, et ce ne sont pas ses jeux de scène qui vont compenser ce manque. Elle est inaudible (je soupçonne en outre le chef d'orchestre d'avoir fait baisser son ensemble durant la scène finale du second acte, pour laisser au public une mince chance d'ouïr quelque chose), sa voix fasèye comme une voile déchirée par la tempête, ondulant au gré d'une volonté qui n'est pas celle de l'interprête. Les applaudissements nourris dont elle fut honorée ne peuvent à mon avis s'expliquer que par la carrière de cette dame et par ce qu'elle fut jadis, mais pas par la prestation qu'elle nous a donné, ou plus exactement ne nous a pas donné, ce jour.

La scène de la mort de la Comtesse. Si vous avez d'autres références, je suis preneur. Je n'ai trouvé que celle-ci.

Je n'ai plus personne à habiller pour l'hiver. Quoi que, pendant que j'en parle, les costumes étaient un peu tristounets, ternes et bien peu en rapport avec la haute lignée, la fortune et le rang des personnages. Cependant, j'absous la costumière, il s'agit là d'un bien mince péché comparé aux précédents.

Sortons maintenant la boîte à compliments. Pour commencer, il en faut bien un qui s'y colle, ce sera le chef d'orchestre, Tugan Sokhiev. Chapeau bas, vraiment. Une maîtrise de son ensemble, ça coule, ça explose quand il faut, il y a de l'énergie, de la folie, de la douceur, de la rage... Très, très, très fort. Un Monsieur à suivre. Vu son jeune âge (il a 31 ans et incarne parfaitement le proverbe la valeur n'attend pas le nombre des années), je crois qu'il pourrait bien nous préparer de grands moments à l'avenir.

Ensuite, une dame, Barbara Haveman, qui tenait le personnage de Lisa. Les scènes avec Hermann, dont celle du suicide... arf. Dommage que la mise en scène... j'en ai déjà parlé, m'enfin quand même, représenter un suicide au bord de la Neva par des douches issues des pires cauchemars de nos années d'internat, c'est assez fort. Les interprêtes avaient bien du mérite de jouer dans un tel cadre. Pour revenir à Mme Haveman, sa voix et son jeu collaient très bien avec le personnage, ses doutes, ses peurs, sa folie suicidaire finale... Bravo.

M. Vladimir Chernov, qui jouait le Prince Eletski, ex-fiancé de la sus-citée Lisa et rival d'Hermann, n'a pas beaucoup l'occasion de montrer l'ensemble de son talent. C'est dommage, mais c'est le rôle qui veut ça. Heureusement, quelques passages permettent d'entendre cette voix pleine, qui manque un peu de chaleur, mais que peut-on attendre d'un amoureux déchu et éconduit ? Pour ma grande frustration, dans la dernière scène où, grâce au jeu et aux cartes il se venge d'Hermann, il se révèle inaudible, non pas de son fait mais de celui d'un charivari de soldats en goguette auxquel le metteur en scène a dû donner l'instruction de noyer tout élément sonore dans le bruit de leurs godillots frappés sur le sol.

Et enfin, enfin, M. Vladimir Galouzine, qui tenait Hermann. Im-pres-sion-nant. Une puissance de voix, liée à une maîtrise dans son usage, allant jusqu'à laisser toute la place nécessaire à ses partenaires, qu'il n'a jamais écrasés alors que cela lui eût été facile. Bravo, bravissimo. Rien d'autre à dire.


Les trois cartes du titre font référence à l'élément principal de l'intrigue. Il eût été plus juste de parler d'un carré d'as.

lundi 4 février 2008

Conclusion : j'ai l'air honnête

Il est un adage connu de tous ceux qui s'engagent dans des activités aux limites de la légalité (généralement du mauvais côte de cette frontière) : quoi que vous fassiez, ayez l'air d'avoir pleinement le droit et l'autorité de le faire. Bien que ne doutant pas un instant de la véracité de cette assertion, que j'ai vérifiée plus d'une fois dans le cadre de mes activités professionnelles[1], je ne l'avais jamais validée dans un contexte non professionnel et, de surcroît, improvisé. C'est fait depuis dimanche soir, date à laquelle j'ai emprunté un scooter.

Le terme emprunté est en italiques car j'avais, et j'ai toujours, l'autorisation de l'amie propriétaire dudit scooter, en panne depuis quelques mois[2], pour prendre l'impétrant et l'amener à l'un de mes voisins, bricoleur motoriste de longue date. Toutefois, ladite amie était absente dimanche soir, son scooter étant garé dans la rue avec tout ce qu'il faut d'antivols et autres cadenas. Comme il n'était pas attaché à un mur ou à un piquet quelconque, l'épreuve n'était pas insurmontable.

J'ai donc levé le scooter, afin que sa roue avant (bloquée par un cadenas, la direction étant bloquée elle-aussi par le Neimann) soit dans mon coffre, la roue arrière reposant sur la route. A l'aide de moult sangles de déménageur, j'ai fixé le biniou pour éviter qu'il ne verse d'un côté ou de l'autre ou que, suite à un cahot, la roue avant ne sorte du coffre, laissant le scooter errer sur la chaussée[3]. Et j'ai roulé, d'abord en ville, puis sur une voie rapide, et enfin sur les petites départementales qui font tout le charme et une grande partie de la mortalité de notre belle civilisation automobile.

Personne ne s'est posé la moindre question quant à cette opération, pourtant réalisée en pleine rue (pas très passante, je le concède). J'ai même discuté avec quelques passants, habitant dans la rue, qui ne me connaissaient ni d'Adam ni d'Eve et auraient très bien pu considérer que je volais le scooter. Mais non, rien, pas de remarque ni le moindre appel aux forces de l'ordre pour signaler qu'un individu louche et pathibulaire levait un scooter dont, à l'évidence, il n'avait pas les clés. Ce fut pareil sur la route : l'attelage un peu hétéroclite aurait pu attirer l'attention d'un quelconque pandore, justifiant au moins une demande de papiers. Déception derechef.

Bref, je dois avoir la tronche d'une brave pomme honnête jusqu'au bout des ongles.

Juste pour rire, changeons un tantinet la situation. Si une personne dont les géniteurs sont, disons, originaires d'outre-Méditerranée, avait fait exactement la même chose, exactement dans le même contexte, combien de temps aurait-il fallu à la Police pour arriver ?

Notes

[1] Parfaitement légitimes et légales, je précise au cas où.

[2] C'est le scooter qui est en panne. Quoi que.

[3] Probablement pas bien longtemps, mais certainement avec des conséquences désagréables pour les autres usagers de la route et pour le scooter.

vendredi 1 février 2008

Prochaines représentations

Nous avons croisé nos agendas de ministres sur-bookés, et voici les dates des prochains levers de rideau[1] :

  1. lundi 25 février à Tournefeuille
  2. vendredi 29 février a priori à Tournefeuille
  3. jeudi 27 mars sur Toulouse (quartier Lardenne)
  4. mercredi 2 avril
  5. jeudi 10 avril

Pour le public potentiellement intéressé, vous me laissez un commentaire ou (si vous avez mon mail) vous m'envoyez un message. Certaines dates seront "privées" (ie c'est l'hôte qui gère les invitations avec son propre carnet d'adresses), mais je ne sais pas encore lesquelles.

Pour les hôtes potentiels, il y a deux dates libres (2 et 10 avril), si vous n'avez pas peur d'un sextet de théâtreux amateurs dans votre salon.

Il devrait y avoir d'autres dates en mai et juin, c'est encore à définir.

Notes

[1] Sans rideau, mais on ne va pas s'embarrasser de ce genre de détails.

mardi 29 janvier 2008

Vous avez dit schizophrène ?

Il y a dix jours, c'était donc la première représentation de théâtre. Ce fut, pour moi, une vraie première : je n'ai jamais fait de théâtre auparavant. Tout s'est bien passé, le public a bien ri et, semble-t-il, bien apprécié. Du côté des acteurs, nous avons tous merdouillé à un moment ou à un autre, mais en gros on s'en est bien sortis à retomber sur nos textes respectifs après un peu d'acrobatie. Le stress (ou le trac) étant une projection dans l'avenir, je flippais comme une bête jusqu'à ma première réplique, et après je n'y ai plus pensé - ce qui ne signifie pas que je n'ai pas merdouillé, il y a une nuance.

Ensuite, comme la représentation se faisait chez une particulière, nous avons monté un petit buffet et tout le monde a papoté en grignotant. Les compliments des spectateurs furent agréables, comme il se doit. Chacun avait invité des amis, qui n'ont fait que me confirmer que je segmentais bien ma vie : diverses personnes ont dit du rôle que je jouais soit que c'était totalement moi dans la vraie vie, soit que c'était aux antipodes de ma vraie personnalité. Et, entre elles, il semblait par moments qu'elle ne parlaient pas de la même personne. Amusant.

Mercredi dernier, nous faisions la seconde. J'avais passé une fort mauvaise après-midi. Cette représentation était donc pour moi une catastrophe annoncée et, autant le dire, avérée. Non pas au point que le public s'est rendu compte de quelque chose, mais en coulisses nous nous regardions comme des pompiers incapables d'empêcher une maison de brûler. J'ai zappé un bloc de texte un peu important. Les trois répliques vitales pour bien comprendre la pièce sont tombées aux oubliettes. Un acteur (pas moi cette fois-ci) a oublié de rentrer sur scène. Heureusement, dans le groupe, nous avons une spécialiste de l'improvisation, qui a tant bien que mal tenté de recoller les morceaux. Le public était content, c'était la seule chose vraiment importante.

Cela dit, malgré les difficultés, c'est assez extraordinaire à faire.