Nuits de Chine, nuits câlines

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vendredi 16 janvier 2004

Mororoulettes !

Il n'y a pas que mon compteur électrique que j'explose. Je me charge aussi de moi-même, dans le plus pur style "Gardez-moi de mes amis, je m'occupe de mes ennemis".
Mon coin-bureau est, informatique pléthorique oblige, organisé sur deux plans de travail. Il y a le bureau, sur lequel est souvent posé un ordinateur portable, et à droite une seconde table, sur laquelle est posé un couple écran/clavier. Lequel couple est relié à moult ordinateurs par le biais de bidules de geek comme il en faut. Et moi, au milieu, sur ma chaise, je bosse sur le portable ou, simplement bougeant et en tournant la chaise à 90 degrés, sur les autres bécanes. La chaise a des roulettes paske je suis fainéant et ça serait trop chiant de soulever une chaise normale pour la mettre dans la bonne position.
Bref, quand je bosse, je tournicoti-tournicoton-rouli-roula sur ma chaise.
Et parfois, encore plus fainéant, si je dois juste regarder un truc sur "l'autre système", je ne fais que tourner la chaise et me pencher. Typiquement quand je suis sur les ordinateurs, et que je veux voir un truc sur le portable (posé sur le bureau je le rappelle). Sauf qu'il peut arriver que le portable ne soit pas totalement à portée de mon corps athlétique, et donc je me penche beaucoup et je bouge quand même un peu la chaise.
Vous suivez ? C'est bien. J'vous donne un bonbon virtuel pour cet effort.
Là, je devais lire un truc un peu long affiché sur le portable, mais pas long au point que ça justifie de déplacer réellement la chaise. Donc, je me penche et, sioux que je suis, puisque je vais lire avec le corps penché, je mets mon coude gauche pour l'appuyer sur le bureau; la main gauche soutient ma tête (bien remplie), et je peux lire tout à mon aise, penché tel le roseau de la fable sous l'assaut de la tempête.
Ouais bon ça c'était l'idée, la théorie quoi.
Dans la pratique, encore plus fainéant, j'ai pas regardé où je mettais mon coude. Après tout, le bureau ne bouge pas, hein, pas la peine de viser, on n'est pas des boeufs.
Sauf que j'ai raté le bureau.
Quand on est fortement penché sur le côté, presque à l'horizontale, c'est dur de se rattraper, mais c'est faisable.
Sauf si les roulettes de la chaise s'y mettent, et provoquent un brutal déplacement de ladite chaise (dans le mauvais sens évidemment). Là, on se rattrape sur le plancher.
Je viens de me casser la gueule de ma chaise comme un con.

vendredi 2 janvier 2004

J'essploze le compteur quand j'veux, moi

N'en déplaise aux ceusses qui travaillent à EuDeuFeu (ouais, c'est proche de Eau de Feu, j'l'ai déjà faite en privé, y'a copyright), les électrons et tout le toutim, c'est du flan. En fait, c'est de la magie qui fait marcher tout ça.
Chuis bien d'accord. Simplement parce que je ne vois pas d'autre explication.
Depuis un mois, le différentiel de mon compteur électrique me la joue hystérique de base. Ou nymphomane/obsédé, puisqu'il arrête pas de sauter. Alors que j'ai rien changé du tout nulle part, si ce n'est déménagé mon bureau. Bon, jusque là rien de particulier.
Sauf que je viens de passer une semaine à Paname, et


  • chez ma mère, le disjoncteur (qui n'a pas eu la moindre vapeur depuis des lustres) a sauté 4 fois durant mon séjour,
  • chez mon frangin, où j'étais en lieu et place de l'Apéro-blog (désolé, la famille...), ça a sauté une fois dans la soirée,
  • et sur la route, en revenant tardivement de ladite invitation fraternelle, les lampadaires d'une des nombreuses villes traversées se sont éteints sur mon passage.

J'veux pas donner l'impression que je pourrais croire porter la poisse électrique, mais il y aurait un peu de ça que ça m'étonnerait pas (pour les curieux : non, je n'étais pas aux USA cet été, ni en Italie).
Et faire fonctionner un ordinateur à la bougie, ça n'a rien d'évident.

mercredi 24 décembre 2003

Errare Humanum Est, Perseverare Diabolicum

(Errer est humain, et les pères sévères sont des diables au lit; heure_bleue, tu me corriges si j'ai encore fait des fautes de latin ?).
Ce dimanche, grand événement méritant d'être relaté, j'ai enfin terminé le ponçage de mes poutres. Enfin, des poutres de la première partie du toit, l'autre partie ça sera dans 5 ans quand j'aurais décidé de l'affectation du grenier. Mais ça on s'en fout.
Ponçage intensif signifie poussière (et plein de débris de bois rongé par des sales bestioles). En type bien organisé, je passe l'aspirateur. Ces temps-ci, l'aspirateur n'a guère avalé que de la poussière de ponçage. D'ailleurs, le sac est plein (enfin, l'aspirateur me dit que, parce que le sac est pas rempli à plus d'un tiers). Et là, j'me dis, tiens, ça doit bien brûler ça, c'est que du bois dans une enveloppe de papier (le sac).
Ni une ni deux, je change d'étage et vais jeter le sac dans le feu qui ronfle dans ma cheminée. Hmm il fait bon devant le feu, je m'abandonne quelques instants à ce plaisir bien innocent, lui.
Y'a quelque chose qui bouge dans le feu. Si, si, ça a bougé. 'tain c'est quoi ?
Haaa cooool, c'est le sac. L'air qu'il contient se dilate à la chaleur, et le sac gonfle. Marrant, on dirait un ballon de hand-ball un peu carré.
Mon petit sourire s'efface soudain alors que les neurones "physique et thermodynamique" se mettent en route. Je réalise que lorsque le feu aura un peu rongé l'enveloppe du sac, ben ça va faire un trou. Par lequel l'air sous pression va s'échapper. Avec plein de poussière ultra-fine.
Bref, ça va en mettre partout. Gaspe ! Urgence ! Action ! Je prends les pinces afin de retirer le sac du feu, je saisis le devant du sac... et évidemment, le fait de pincer le sac le déchire. Le sac bien ballonné projette un puissant jet d'air chargé de poussière de bois, suivant l'orientation du trou, donc des pinces, lesquelles sont au bout de mon bras. En résumé, c'est pour ma pomme.
Et là, c'est le double effet KissCool. Ladite poussière s'enflamme immédiatement. En une fraction de seconde, je vois monter vers moi une langue de feu qui grimpe le long de la pince, tel un serpent maléfique et flamboyant.
Ca n'est pas allé plus haut que le milieu des pinces.
A zéro, le mec, qu'il les avait. A zéro.
Ca va mieux maintenant.

lundi 15 décembre 2003

Jour avec, jour sans...

Aujourd'hui, ce fut sans. Pourtant, la matinée avait bien commencé.
Rendez-vous chez un client, je me suis donc fait beau. Enfin, encore plus beau que d'habitude, ce qui est déjà plutôt pas mal (merci, mes chevilles vont bien). La panoplie est classique, veste d'un profond bleu nuit, pantalon bleu, chemise rouge sang (pour le contraste) et chaussettes assorties, cravate. Rien de bien extraordinaire (si ce n'est que tout ça me va 'achtement bien, mais c'est une autre histoire).
Réunion avec le client, on bosse, blablabla. No problémo. Pause, on sort prendre un café, pour moi ce sera une barre chocolatée merci et zut je la laisse tomber par terre. Ni une ni deux, je n'attends pas qu'une bonne âme la ramasse pour moi, je me baisse comme un type hyper-souple peut se baisser, c'est-à-dire (presque) sans plier les jambes.
Et j'entends un bruit de tissu qui se déchire. Discret, certes, mais je me rends bien compte que mon pantalon (patiné par des années de bons et loyaux services, je l'avoue) vient de se déchirer. Juste au niveau du bas du dos, enfin non un tout petit peu plus bas j'vais pas vous faire un dessin quand même ?
Je me redresse rapidement, faisant comme si de rien n'était. J'ai la même sensation que celui qui, espérant faire un vent léger, largue une épouvantable caisse ultra-sonore qui fait trembler les vitres.
Personne ne me regarde en se roulant de rire par terre, la chance est avec moi. Hop, je m'éclipse vers les toilettes pour mesurer l'ampleur des dégats. 5 bons centimètres. Presque invisibles à mon avis, mais faut pas tenter le diable non plus.
Je vous garantis que faire une présentation (avec vidéo projecteur et tableau blanc) quand on ne peut pas/veut pas tourner le dos à l'assemblée, c'est pas trivial. Parce qu'écrire sur le tableau sans se retourner... bonjour les contorsions des bras.
C'est sans aucun doute d'un incident comme celui-ci qu'est né le style des portraits égyptiens.

jeudi 11 décembre 2003

Humour urbain

Y'a sans doute des p'tits drôles dans certaines mairies. La recette des impôts dont je dépends professionnellement n'a pas bougé d'un pouce, mais la rue a été rebaptisée. Ca donne :

Recette des impôts
Allées du Gévaudan

Image instantanée de la Bête, cachée dans un coin sombre, attaquant de pauvres innocents, les laissant exangues sur la lande déserte. Vraiment approprié.

vendredi 5 décembre 2003

Des conséquences de la précipitation

Tout un chacun sait, ou devrait savoir, qu'un bon artisan entretient soigneusement ses outils. Et que l'entretien n'est pas une corvée que l'on bâcle, mais une nécessité à laquelle on consacre tout le temps qu'il faut.
Je ne suis pas tout un chacun. Je suis largement au-dessus du vulgus pecum vulgum pecus (merci heure_bleue pour la correction, j'en suis tout contrit), donc ce type de comportement ne s'applique pas pour moi.
Hier soir, je procédai à l'entretien d'un de mes équipements, dont je devais me servir le soir-même en mission nocturne. Ladite mission étant programmée pour démarrer à 21 heures, j'étais un peu à la bourre. Démontage, nettoyage soigneux, dépoussiérage, graissage léger, remontage. Et hop je pars au rendez-vous.
J'aurais p't'être dû passer un peu plus de temps au remontage, notamment pour m'assurer du bon verrouillage de quelques pièces particulièrement importantes. Murphy aidant, au pire moment une pièce vitale de mon équipement s'est détachée, avec d'épouvantables conséquences sur moi d'abord, sur mes collègues ensuite.
Nous étions en train de travailler les retournements en roller (on pivote rapidement sur les roues avant) quand ma roue avant droite s'est barrée, la salope. Je me suis immédiatement vautré (possible que je me serais vautré même avec la roue toujours en place, mais la question n'est pas là). Et les deux personnes qui me suivaient n'ont pas eu le temps de m'éviter. Ouille. Certes, il y avait une charmante damoiselle, je n'ai pas tout perdu. Mais tout de même.
Une fois la crise de rire passée, j'ai récupéré mes morceaux. Ce WE, j'achète de la colle ultra-forte. Je sais pas si la roue tournera sur son axe, mais au moins elle tiendra. Non mais des fois.

mercredi 3 décembre 2003

Tout le monde aux abris !

Ce matin, sortant de chez moi, dûment harnaché pour une journée de travail (ie costume, cravate, la totale quoi), je me fais alpaguer par un voisin. Rien de bien particulier, dans notre petit village nous causons entre voisins, de choses et d'autres (ça peut paraître surprenant, voire même carrément rétrograde aux gens modernes des grandes villes, mais c'est ainsi; les provinciaux, qui tout un chacun le sait sont limite néhandertaliens attardés, se causent entre voisins).
Bref, le sujet n'est pas là. Nous devisions donc tranquillement dans la rue lorsque...
Vzzzz plaf.
A quelques centimètres de moi, atterrit brutalement une sorte de grosse motte de terre, bouse de vache pas complètement digérée, un bidule comme ça.
Surprenant. Il s'en est fallu de peu que je ne prenne tout sur la tête (évidemment, mon voisin n'a rien eu, pas même trois grains de poussière). Mon voisin et moi nous regardons, et éclatons de rire. Mieux vaut en rire, d'ailleurs.
A ma connaissance, les vaches ne volent pas (quoi que la meuh, peut-être, durant ses cours de moto ?). Il n'y a pas non plus de médiévalistes enragés en train de tester une catapulte dans le coin. Ni même de manifestation d'agriculteurs déverseurs de tombereaux de fumier. Nous étions dans la rue, entourés de maisons normales, même pas hantées.
Matérialisation spontanée de bouses de vaches au-dessus de ma tête ? Ca pourrait pas être, chais pas moi, des liasses de billets de 500 euros à la place ?

jeudi 27 novembre 2003

Banale histoire de plomberie

Il est possible que vous ne le sachiez pas encore, mais je donne des cours dans plusieurs facs/IUP/écoles d'ingénieur de la région. Plus par passion qu'autre chose. J'aime beaucoup transmettre le peu que je sais. Bref, cet après-midi je faisais le clown sur une estrade devant 40 clampins tellement jeunes qu'on se demande parfois où ils ont posé leur tétine.
Horaire, 14 à 17 heures. Qui dit début à 14 heures dit, pour moi, repas dans le coin histoire d'être sur place. Et qui dit repas dit, évidemment, café en fin de repas.
Erreur, James, erreur. Le café, produit que j'affectionne particulièrement, a sur mon organisme un effet diurétique très particulier. En gros, une tasse de café provoque, une heure après, un besoin pressant dont le volume n'a rien, mais alors vraiment rien à voir avec celui de la tasse de café. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je bois deux tasses de café au maximum chaque jour, sinon je passerai mon temps à vidanger.
Donc vers 15 heures, je commence à ressentir les joyeux appels de Mère Nature. Qu'à cela ne tienne, la pause est prévue pour la demie, 30 minutes c'est pas la mort. Certes, c'est pas la mort, mais c'est pas la joie non plus. Et, devant 40 clampins, il est difficile de se mettre à se tortiller pour faire passer l'envie et tout ça. Il faut rester digne, l'air de rien.
Bref, 15:30, je décrète la pause. Ca ne rate pas, trois ou quatre étudiants me tombent dessus pour me poser des questions. Je serre les dents et pleins de muscles de la région sous-abdominale et je discute tranquillement. 15:45, ouf, plus de questions, je sors de la salle de cours et me dirige vers les toilettes les plus proches. Sans courir, ça ne le ferait pas du tout.
J'arrive devant la porte, avec un léger élan, ne m'attendant à rien d'autre que ce que la porte est supposée faire, c'est-à-dire s'ouvrir. Et je me ratatine dessus. Verrouillée. Dans cette fac, les étudiants sont forcément des gros sales pas propres, on va quand meme pas les autoriser à se soulager dans la même faience que les profs.
Travaux aidant, les toilettes des étudiants ont été déplacées et je ne sais pas où elles sont. Il me faut donc une clé, et vite. J'avise le secrétariat le plus proche et j'y signale mes besoins (sans mauvais jeux de mots, non non). La secrétaire me regarde de l'air heuuu je dirais d'un air laissant imaginer de vastes étendues vierges de toute vie et surtout de toute intelligence.
"Mais monsieur, nous ne vous connaissons pas, pourquoi vous prèterions-nous une clé ?"
Je tente d'expliquer que je suis intervenant extérieur, gnagnagna... Rien à faire. Autant essayer de danser un tango avec un éléphant. Il faut donc que j'aille au secrétariat de la formation qui me fait intervenir. Lequel est situé dans un autre bâtiment.
La traversée de la cour étant réalisée sous l'oeil des élèves, elle doit être faite à un pas tout sénatorial. Dignité professorale oblige. James Bond a une volonté de fer, elle a pour l'occasion été mise à dure épreuve. Un escalier à monter, la secrétaire est là, génial, j'expose mon problème.
Et elle me répond (gentiment) "Je ne peux pas vous aider, car je n'ai que la clé des toilettes dames".
Gniiiiii....
Finalement, devant mon amicale insistance, elle ira dans un bureau voisin chercher un double du passe pour les toilettes des hommes. Yessss, muni de ce sésame, je me précipite (avec lenteur) vers les plus proches toilettes où, enfin, je vais pouvoir satisfaire les honteuses exigences d'une nature animale quelque peu malmenée.
Un avant-goût du paradis.

mardi 18 novembre 2003

Petite gaffe entre amis

Un client m'appelle pour me dire que, si je veux être réglé, il faut que j'aille retirer des papiers à son service administratif. Là on rigole plus, les sous c'est sacré donc je fais une visite au service en question.
Au moment de me donner les documents en question, la charmante jeune femme qui m'a accueilli me demande
"Vous êtes fonctionnaire ?"
Mécaniquement, je réponds
"Non, non, je travaille".
Le client en question est une grosse administration. Il n'y a _que_ des fonctionnaires là-dedans. La charmante jeune femme a moyennement apprécié le lapsus. Damned.

dimanche 16 novembre 2003

James Bond reçoit

C'est connu, à la fin de chaque mission difficile on retrouve James Bond entouré d'accortes damoiselles. Je ne pouvais donc que respecter ce scénario classique, mais toujours d'actualité.
Ayant presque terminé une partie de mes herculéens travaux de bricolage, j'ai décidé cette semaine d'inviter. Je le fais de temps à autres et, si ma table n'est pas recherchée comme celle d'un grand restaurant, il est rare que mes invitations soient refusées. Paske James Bond est aussi doué en cuisine qu'en plein d'autres choses.
Créneau de tir : samedi soir. Courses le vendredi en fin de journée, certains plats devant être préparés la veille. Deux entrées, salade d'oranges et raita, deux plats, nems et poulet tandoori. Le dessert est amené par les invités.
Le poulet doit mariner, il est préparé le vendredi soir. Les nems m'occuperont la majeure partie de samedi après-midi. Bref, déroulement nominal, tout est prêt lorsque les 6 invitées arrivent. Six nanas pour un seul mec, ça va encore jaser. M'en fiche.
Le feu brûle joyeusement dans la cheminée de la cuisine, l'ambiance est rapidement très conviviale même si trois des invitées me sont inconnues (des amies d'amies). Nous finissons par passer à table, après tout on est là pour ça. Les entrées rencontrent un vif succès. Deux de mes convives attendent avec impatience les nems, qu'elles ont déjà goutés dans d'autres occasions. Les quatre autres semblent plus portées sur le poulet tandoori, sur lequel je reconnais ouvertement débuter.
"Si j'en crois l'odeur, ça promet une réussite", dit l'une de mes hôtes, fine connaisseur (ça fait bizarre, je le reconnais, mais connaisseuse est encore pire) de l'Inde. Et elle s'érige donc en goûteuse officielle lorsque le plat, sortant fumant du four, arrive sur la table.
Un peu de riz blanc à côté, une aile de poulet... elle attaque... une bouchée, largement tartinée de sauce, soupir épanoui d'appréciation gastronomique. La seconde bouchée passe, la troisième est au bout de la fourchette, elle monte déjà vers la bouche...
Et le geste se bloque, comme une machine soudainement grippée.
"Ca ne va pas ?" demandé-je, soucieux du bien-être de mes hôtes. Je regarde cette charmante damoiselle, et je vois ses yeux embués de larmes. Hmmm bon j'veux bien être un cuisinier pas totalement nullos, mais de là à en faire pleurer de bonheur quelqu'un, il y a des limites. Y'a un problème quelque part.
Ses gestes sont sans ambiguité aucune. Ca chauffe, et cela ne vient pas du feu de bois. Elle ne réussit plus à parler, prend du riz, un peu de pain, un peu d'eau pour calmer l'incendie buccal. Tousse, tente d'aspirer de l'air à travers la bouche entr'ouverte puis, toute honte bue, bouche grande ouverte (mais cachée par une serviette; mes invitées savent se tenir).
C'est une toute, toute petite voix qu'elle dit "C'est super bon, mais tu y as été un peu fort sur les épices dans la sauce. Et l'effet n'apparaît pas tout de suite."
La suite du repas se passera bien, une fois que tous (moi y compris; j'ai testé, et je confirme, ça brûûûûle) auront adopté la tactique de ne manger que le poulet, sans sauce ajoutée, et avec du riz. Ou de s'en tenir aux nems, pour les plus pusillanimes.
A l'évidence, j'ai inventé une nouvelle arme, le poulet tandoori-lance flammes à retardement. Radical pour clouer le bec à des fâcheux bavards. A réutiliser si un jour je reçois des politiciens.
Note : dans M*A*S*H, l'une des héroines est surnommée Lèvres-de-feu. Ben on aurait aussi pu la refaire ici, pour des raisons différentes.

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