Nuits de Chine, nuits câlines

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 4 mars 2004

Le retour du bricoleur de la mort

L'action, c'est bien. Parfois, un brin de réflexion préalable ne serait pas si idiot que ça. On ne se refait pas.


La crash-party d'il y a quelques semaines s'est bien déroulée, merci. Elle a aussi largement empoussiéré le petit coin d'univers dans lequel j'évolue. Evidemment, balais, aspirateur, serpillière, la totale. Haaa c'est plus mieux propre.

Hmmm y'a aussi plein de poussière granulaire qui s'est infiltrée dans les têtes des robinets (thermostatiques) des radiateurs (oui, la prochaine fois, je les protègerai avec un sac en plastique; promis). No problémo, ça se démonte fastoche. Je retire les trois têtes, je me mets à ma table d'ouvrage, j'oeuvre, j'ouvre.

Eurk beurk, c'est vraiment crade là-dedans. Bon, ça ça s'enlève bien, ça aussi, je joue de la brosse à dents (une vieille, hein, j'préfère préciser qu'elle ne sert plus pour mes jolies quenottes), frotte souffle frotte... okette. C'est propre. Je remonte le biniou, je teste... Ca fait encore scruntch scruntch quand on tourne, claire indication qu'il reste des grains de poussière. Je re-démonte, re-frotte-souffle-frotte, je remonte, re-teste, re-scruntch. Boooonnnn.


Hahaha oui en fait, y'a une partie mobile dans la tête du robinet, que je n'ai pas retirée car elle est tenue par trois ergots en plastique. Et les grains-à-scruntch sont entre cette partie mobile et le corps de la tête du robinet. Huhu. Comment ça s'enlève, ça ? Pas d'autre solution à l'horizon : en force. La musculature hulkienne se met en route et j'éjecte la partie mobile incriminée de la tête du robinet. Yesss. Bon, y'a deux ergots de pétés mais ça doit pas être bien grave. Je brosse la poussière, je remonte le tout. Ha que oué ! A pu scruntch du tout. Content content.


Enfin, pas tant que ça. Ca marche, mais la partie mobile n'étant plus bloquée par ses ergots, le robinet se démonte tout seul quand on le met à fond (ie, au lieu de s'arrêter sur 5 en fin de course, réglage maximal, ben on peut continuer à tourner, à tourner... et plouf on a la tête du bidule dans la main). Ca fait désordre. Et avec les ergots cassés... Faut trouver un autre moyen de bloquer cette partie mobile sur la tête du robinet, que les deux ne puissent pas se désolidariser.


Cet autre moyen, il est évident : ça s'appelle de la colle. Une bonne colle bien collante comme on sait en faire aujourd'hui. Je colle donc, j'attends 48 heures que ça sèche (histoire d'être sur de mon coup). Vérification. Ca tient. Si la partie collée réussit à se désolidariser de la tête du robinet, je me fais pape. Je remonte l'ensemble, tout guilleret à l'idée d'avoir aussi élégament résolu le problème. Je teste.


L'expérience est une maîtresse cruelle, mais on n'apprend que dans la souffrance.

Si la partie était mobile dans la tête (ce que, collée, elle n'est plus du tout), il y avait une bonne raison. C'était la vis de réglage du thermostat. J'ai maintenant une tête de radiateur nickel, sans le moindre grain de poussière. Mais elle ne tourne plus du tout, puisque sa vis de réglage est collée.


Bien joué, l'animal. Bon, quel est le numéro de téléphone du fabricant, que je rachète une tête neuve (pour le robinet, pas pour moi) ?

lundi 1 mars 2004

Même pas mal, d'abord

Parmi plein d'autres choses, je suis un pratiquant assidu d'arts martiaux. Version light, en plus, dans le style "on garde que ce qui marche le reste on s'en fout". Pour les démonstrations, c'est pas terrible mais on s'en moque, on n'en fait pas. Bref.

Parmi les réjouissances du dernier entraînement, un exercice à deux, sympa comme tout. Le méchant cherche à balancer son pied dans hummm... une partie sensible de l'anatomie de l'autre (et si l'autre est une fille, on fait comme si on n'avait rien vu, il faut parfois se forcer et être un peu bourrin). Le travail est du côté du défenseur (comme souvent) qui, d'un mouvement que je ne décrirai pas (parce que secret ninja numéro quarante-douze) se retrouve en position de frapper dans le membre que l'attaquant a si obligemment tendu (et si vous avez bien suivi, vous savez que je parle de la jambe, hein, pas de mauvaises interprétations siouplaît). La frappe/riposte se fait du haut de la paume. Les positions relatives des joueurs étant ce qu'elles sont, la cible principale est le genou (100 points supplémentaires si on fait sauter la rotule), mais taper le mollet ou le côté de la cuisse est tout aussi bon. Vous imaginez l'effet que ça fait si le coup arrive, avec force, puissance et précision. Dans le meilleur des cas (cible principale ratée) c'est une superbe béquille. Et sinon, ça sera deux superbes béquilles, le temps que le genou se remette à fonctionner.

Allez savoir pourquoi, il y a très peu de filles avec nous et à chaque fois c'est avec moi qu'elles font ce genre d'exercices (et NON, c'est pas moi qui vais les chercher). Galanterie oblige, je suis le méchant qui veut taper sur une gentille damoiselle. On n'est tout de même pas que des bourrins, et on commence mollo. Jusqu'à ce que la directive qui tue arrive, bien sûr.

"Quand vous avez compris le mouvement, l'attaquant accélère et le défenseur appuie plus fort sa riposte. Pas à fond quand même, mais il appuie, ça doit claquer". Oui chef bien chef, et le rythme augmente, mais pas trop vite parce que ma partenaire a du mal à se lâcher, et il faudrait pas que ce soit l'aggresseur (moi, urk urk urk) qui gagne.

Et puis d'un coup elle se lâche. Schlack ! Ca, pour claquer, ça a claqué. Joli coup. Suivi immédiatement d'un cri de douleur, au demeurant assez remarquable.

Elle s'est fait mal au poignet en frappant dans ma cuisse.

En réalité je suis Steve Austin (pour les jeunes qui n'ont pas connu ce feuilleton, je pourrais dire "En réalité je suis Robocop" mais j'aime moins, c'est 'achtement difficile de séduire une femme quand on porte un abat-jour métallique sur la tête).

dimanche 22 février 2004

Une situation très chaude

Le plaquiste doit passer "quelque part en avril", mais j'ai décidé d'anticiper un peu, j'me connais, sinon je serais à la bourre la veille du début du chantier. Donc, j'ai décidé de me faire la main sur le démontage de radiateurs; en effet, refaire tous les murs, c'est bien, mais on peut difficilement bosser si les radiateurs sont en place. Dont acte, faut ôter les bestiaux.

Hmmm... J'me renseigne sur Internet, évidemment. Okette, j'ai tout compris. Zyva.

Avant de dévisser les tuyaux d'arrivée et de sortie de l'eau chaude, il faut purger le radiateur. D'ac. Pour purger, on ouvre le purgeur (pour l'entrée d'air) et on dévisse la sortie d'eau. Pour le purgeur, nickel, ça marche, chuis l'dieu du radiateur. Y'a un p'tit filet d'eau qui coule, c'est normal, y'a d'la pression. Je ferme le bidule, et je passe à l'étape deux, dévisser la sortie d'eau, en bas du radiateur. Clé anglaise, on cogite un peu pour savoir le sens dans lequel tourner, et zou la musculature virile se met en marche.

'tain, trop balèèèze le mec. L'écrou bouge pas d'un pet. Rien de rien du tout. Par contre, le radiateur, lui, bouge. Il se fait carrément la malle, ce con, s'arrachant du mur (je savais le mur en mauvais état, mais quand même !). Grosse panique, parce que je n'ai guère envie de tordre ou d'arracher les tuyaux, sinon ça va faire des frais heuuu lourds pour tout réparer.

Le radiateur doit être maintenu quelques instants, pour éviter qu'il ne bascule, le temps que j'aille chercher des supports pour le poser bien droit. Ok, mais comment ? Il peut tomber à tout moment, en équilibre comme il est sur le bas des tuyaux.

Ne reculant devant aucun sacrifice, hop, je tombe la chemise, libérant au passage mes impressionants pectoraux (dommage, pas de spectatrices dans le coin) et zoum, je l'attache à l'arrivée d'eau chaude, je la passe (la chemise, pas l'arrivée d'eau) par la fenêtre et je ferme la fenêtre. Donc, chemise coincée, tuyau tenu... Pas mal. Artisanal, certes, mais pas mal (j'ignore ce que les voisins ont dû penser).

Quelques instants plus tard, ayant passé un tee-shirt (moulant, évidemment, même en l'absence de spectatrices) et m'étant muni de quelques épaisses cales de bois, le radiateur est fièrement posé, bien en équilibre, bien vertical, et à quelques centimètres du mur. C'eut dût être la dernière étape, c'est presque la première, mais l'originalité n'a jamais nuit à personne.


Reprenons la mission première, qui est de vider ce radiateur de son eau. Après quelques "Hargn", "grrr" et "'tain tu vas céder oui ou merdre ?", la sortie d'eau daigne se dévisser. Cool, ça coule, je suis véritablement le dieu du radiateur, si, si. Hop, la cuvette se remplit, je la vide dans le seau que je vais vider lorsqu'il est plein, pendant que la cuvette se remplit que je vide dans le seau que je vais vider lorsqu'il est plein, pendant que la cuvette se remplit que je vide dans le seau que je vais vider... Hmmm déjà six seaux de vidés, j'imaginais pas que ce radiateur contenait autant de flotte, il ne m'avait pas paru si lourd que ça pourtant.

Haaaa oué, j'ai oublié la troisième étape : couper l'arrivée d'eau, en fermant le robinet du radiateur. Pas con comme suggestion. Petit sifflottement innocent, regards vers les cieux, trois tours de la tête du robinet, et deux cuvettes plus tard y'a plus de flotte qui coule. Quelques tours de clé sur l'arrivée d'eau et, fièrement, je peux ranger mon radiateur vide dans un coin.

Finalement, heureusement qu'il n'y avait pas de spectatrices. Elles auraient trop rigolé.

Mais chuis quand même le (demi) dieu du radiateur.

jeudi 19 février 2004

Fiat lux

[contrairement aux apparences, ce n'est pas une pub pour des voitures italiennes]


Clic. Jour ! Clic. Nuit ! Clic. Jour ! Clic. Nuit !

On la connaît tous, notamment grâce aux Visiteurs. Magie de la fée Electricité, avec un rien de Thomas Edison dans l'ampoule. Bref, notre confort moderne habituel.

Sauf que ce matin, ce fut un peu différent. On commence par...


Nuit !


Ben oui, 5 heures du mat', volets fermés et tout, il fait sombre. Totalement vaseux, mais Dame Nature est un réveil efficace et si je veux espérer me rendormir, il faut vidanger. Tel le monstre de Frankenstein, j'ouvre la porte de ma chambre, je vais sur le palier et j'allume la lumière.


Jour ? Hmmm non.

Etoiles. Au bout de mes doigts. 220 volts, monophasé, 60 Hz. Goûteux.

L'électricien a posé les nouveaux interrupteurs, mais n'a pas fini de retirer les anciens. Et ce con a laissé les câbles à nu, sur lequels, habitué que je suis à la position de l'ancien interrupteur, j'ai gentiment posé mes doigts.


Je suis une lumière.

mardi 10 février 2004

L'art du bricolage

Des fouilles récentes, dans les Trois Gorges (site de la construction du plus grand barrage hydroélectrique du monde) ont permis de découvrir d'antiques manuscrits. La datation, encore à confirmer, les situe entre le 6ème et le 4ème siècle avant l'ère chrétienne.
Soucieux de faire partager cette extraordinaire découverte au plus grand nombre, nous avons interrogés des experts reconnus afin d'en tirer une traduction et des commentaires. Nous vous livrons les résultats de ce minutieux travail. Les commentaires, parfois divergents, sont indiqués en-dessous des préceptes (nous ne trouvons pas de meilleur terme). Seuls ces derniers proviennent des manuscrits découverts.


DE L'ART DU BRICOLAGE

  • De nombreux doigts tu disposerasNos experts se sont longuement chamaillés sur la signification de cette première phrase. En fin de compte, deux possibilités sont envisageables, nullement exclusives d'ailleurs :
    • pour bien bricoler, il est conseillé d'inviter des amis ou de la famille pour vous aider.
    • les marteaux taperont souvent sur les doigts. Plus vous en avez, plus vous pourrez bricoler longtemps.

  • Les voisins préviendras, et la durée augmenterasLa signification ici ne laisse aucun doute. Tout travail bruyant ne peut s'envisager qu'après avoir informé les voisins (inutile de leur demander l'autorisation; ils n'ont pas le choix). En outre, pour plus de tranquilité (les voisins ne voient pas l'avancement des travaux, mais ils entendent le bruit) il convient d'augmenter largement la durée prévue des opérations. Si vous pensez avoir bouclé la démolition en deux jours, avancez-en quatre. Vos voisins seront heureux que vous ayez fini plus vite, et vous passerez pour un héros. Ca leur évitera surtout de pêter un plomb en pleine phase critique de destruction au marteau-piqueur d'un bloc maçonné à faire pâlir de jalousie les plus solides bunkers de la seconde guerre mondiale.
  • En aucun cas outils ne crierontEncore une phrase cryptique. Sa signification pourrait être que, les outils ne parlant pas, si une action provoque un cri, c'est que vous avez tapé sur l'un de vos collaborateurs.
  • Si poussières il y a, lentilles tu oublierasCette phrase, limpide dans son interprétation, nous apprend implicitement que les chinois du 5ème siècle avant l'ère chrétienne connaissaient déjà des méthodes de correction visuelle que l'on veut nous dit modernes. Et qu'il est préférable de mettre des lunettes de correction plutôt que des lentilles.
  • Oreilles délicates préserverasNos experts, une fois de plus, ne sont pas tombés d'accord. Deux possibilités se sont dégagées.
    • L'utilisation prolongée d'équipements électriques ou pneumatiques nécessite des protections auditives, ou
    • Les diverses exclamations qui ponctuent l'avancement du chantier peuvent être des Ouille ! ou des Aïe !, mais pas des Bordel de chiotte, ça fait mal !.

  • Fin de chantier fêterasLa fin du chantier peut être célébrée par un Youpiiiii, un Yeaaaahhhh ou tout autre cri de joie. Pour respecter l'une des interprétations du précepte précédent, il convient toutefois d'éviter le "putain de bordel de merde de salope de mes deuzes, j'ai fini !" à plein volume; cela peut choquer les voisins.

Cela dit, la crash-party du week-end dernier s'est bien passée. On a dégagé quelques 6 tonnes de gravats. Je marche comme le monstre de Frankenstein tellement je suis fourbu, et il reste encore du boulot (silencieux celui-ci, modulo les exclamations liées aux mauvais coups).
Et encore mille mercis à tous les participants.

mardi 3 février 2004

Monsieur le responsable de l'urbanisme de notre belle métropole régionale,

En préambule à cette missive, permettez-moi de vous signaler que je suis tout à fait partisan de l'installation de ces sortes de rambardes qui fleurissent sur les trottoirs, et dont l'objectif évident est de rendre lesdits trottoirs aux piétons et non aux automobiles en mal de parking. Depuis que votre ville a décidé l'installation de ces équipements, il est devenu possible de marcher longuement sans devoir passer sur la chaussée afin de contourner un véhicule posé négligemment sur le trottoir. Une fort louable initiative, donc.
Les chemins de l'enfer, si tant est qu'il existe, sont pavés de bonnes intentions.
Nombreux sont les individus doués d'une sensibilité artistique largement supérieure à la mienne qui ont loué, louent et, je l'espère, loueront encore longtemps la lumière particulière de notre région (lumière qui, soit dit en passant, s'est encore améliorée depuis la suppression involontaire d'une grosse usine polluante). Notre ciel est d'un bleu plus bleu que tous les blancs plus blancs des lessiviers. Notre lumière est aussi plus lumineuse. Il y a là un cadre propice à la flânerie dans les petites ruelles, souvent encadrées d'édifices dont l'architecture est (parfois) banale, mais toujours nettement rehaussée par le bleu du ciel, la lumière et même, parfois, les petits oiseaux qui chantent ou une jolie femme à son balcon.
Mais la flânerie-le-nez-en-l'air est devenue une activité à hauts risques, du fait même de l'existence de ces rambardes que je cite dans mon premier paragraphe. Mère Nature, qui est aussi cruelle qu'exigeante mais c'est une autre histoire, m'a ainsi composé qu'une partie très sensible de mon anatomie se situe exactement à la hauteur du barreau supérieur, horizontal, desdites rambardes. Lorsque, flânant-le-nez-en-l'air, j'emplis mes yeux de toute la beauté dont regorge votre ville, cette partie se fait régulièrement aggresser, avec la plus extrême violence d'ailleurs, par les rambardes sus-citées. Et c'est très désagréable, car cela nuit fortement à ma sérénité et, probablement, à une hypothétique descendance.
Merci de prendre en compte mon humble requête :

J'en ai marre de m'exploser les couilles contre vos bidules juste à la mauvaise hauteur chaque fois que je lève la tête pour admirer le ciel ou une façade au soleil. Faut que ça change. Ou j'te pête la tronche.

Plusieurs générations (à venir) de prix Nobel vous regardent de leur futur, malheureusement hypothéqué par l'agressivité de vos rambardes, et vous disent d'avance merci.

Je sais, le pénultième paragraphe fait un peu vulgaire. Veuillez m'en excuser, mais je suis blessé dans ma virilité, et cela détruit automatiquement ma bonne éducation.

samedi 31 janvier 2004

Au bûcher le sorcier ! Bouuuuhhh !

Voilà ce que j'aurais sans nul doute entendu (proféré à mon encontre) il y a cinq ou six siècles si mes petits talents avaient été découverts.
J'avais rendez-vous chez un prospect désireux, comme tout cheteur qui se respecte, de discuter de mes tarifs. Etant quelque peu en avance, je décide de faire une pause dans un café, afin de ... ben faire une pause, quoi. Et prendre un café. J'avise un petit estaminet et j'entre, de mon redoutable pas chaloupé et conquérant.
Au bar, deux individus qui, à première, seconde et troisième vue, étaient là depuis au moins un, deux voire trois jours et n'avaient consommé que du liquide. Dans la salle, une créature passant le balai. Personne d'autre.
Je dis créature, ce n'est pas vraiment péjoratif. J'aurais aimé dire une accorte jeune femme mais, justement, si le terme femme était applicable, jeune aussi, celui d'accorte ne l'était pas. Elle tirait une tronche tellement longue qu'elle devait braquer cinq minutes à chaque fois pour passer entre les tables. Peut-être la présence prolongée des deux poivrots y était-elle pour quelque chose. Peut-être le métier de serveuse de bar est-il particulièrement difficile (je n'ai jamais essayé d'être serveuse, ni même serveur; j'imagine seulement).
Elle me regarde, comme une tasse sale qu'un repoussant individu aurait laissé traîner sur son comptoir tout propre, retourne sans un mot derrière le zinc et me jette un second regard, interrogatif celui-ci. Les deux poivrots, à côté, discutent d'un point éthéré de philosophie. Ethylé, aussi.
Je commande donc mon café, rapidement servi. La damoiselle daigne alors parler, d'un ton qui glacerait instantanément la plus torride des partouzes parisiennes, afin de me dire le prix de la consommation. Je paye et vais m'assoir, la tasse à la main. Elle encaisse et reprend son oeuvre ménagère. Les deux poivrots ont attrapé une mouche et lui font subir les derniers outrages.
Le balai balaye ardemment, et se rapproche de la table où je sirote ma tasse. La demoiselle, respectant de nouveau ses voeux de silence, attaque ma table. Enfin, le sol situé sous ma table. Mon vieux fond d'éducation me fait me lever et déplacer les chaises pour qu'elle puisse facilement travailler. Un réflexe, en quelque sorte. En l'occurrence, ça déstabilise toujours l'autre partie, même si ce n'est pas l'objectif. A notre époque, une personne usant d'un balai devient invisible aux autres, et se retrouve surprise d'être ainsi remarquée. Ca ne rate pas, elle s'excuse platement de me déranger. "Pas la peine de vous excuser, c'est moi qui vous gêne dans votre travail". Là, c'est un coup bas, je le reconnais humblement. Non seulement je l'ai remarquée, mais je lui montre du respect. Tous ses repères s'effondrent. Ainsi que l'un des deux poivrots.
Elle finit le nettoyage, et moi ma tasse. Avant de partir, je ramène ladite tasse au comptoir. C'est le coup de grâce. Elle se fige un instant, car l'Univers vient de basculer, elle vient d'entrer dans la quatrième dimension. Ainsi que le second poivrot.
Au moment de partir, j'aurais droit à un fort avenant sourire et à un "merci et au revoir" très coulé.
J'ai transformé un glacial dragon hideux en charmante jeune femme.
Au bûcher, j'vous dis.

vendredi 23 janvier 2004

Evolutions technologiques, je vous aime... pas toujours

Avant, le monde était simple.
Dans un café ou une cafétéria, le sucre existait uniquement sous la forme de petits cubes ou parallépipèdes. Simple et facile pour les utilisateurs.
Evidemment, cela posait un problème technique non négligeable. Les sucriers (les boîtes, hein, pas les boîtes; enfin, ceux qui fabriquent les sucres quoi vous suivez un peu ?), donc les fabriquants de sucre avaient des frais importants. Il fallait (sous) payer les milliers d'ouvriers qui, de leurs petites mains, collaient les grains de sucre ensemble pour former des petits cubes ou des parallépipèdes. Tâche dure ! Tâche éprouvante, notamment pour la santé mentale des employés. D'ailleurs, afin de moins soufrir de ce travail ingrat, certains sombraient dans la boisson (d'où l'apparition, il y a une grosse dizaine d'années, des sucres "en vrac'", dont la forme n'est que vaguement cubique), voire le LSD (d'où l'apparition, plus récente, de sucres en forme de coeur, pique, trèfle ou carreau).
Et puis un Kost Killer est arrivé. Et il a dit "piske le sucre en morceau est prévu pour être mis dans une boisson, il va revenir à l'état de grains, lesquels vont fondre". Bon, il aurait bien aimé aller directement au stade du sucre fondu, mais le marché n'est pas encore mur. Par contre, pourquoi s'ennuyer, vendons du sucre en poudre.
Bien sûr, il faut l'emballer, sinon ce n'est guère pratique. D'où l'apparition récente de ces petites pailles de papier que l'on déchire d'un geste viril pour verser ensuite la blanche poudre dans nos boissons.
Ce que je fis ce matin, lors de la pause de mon cours, tout en discutant avec quelques étudiants qui avaient des questions à me poser.
J'aurais p't'être dû mieux regarder la panière dans laquelle j'ai pris une paille.
Paske là, c'était les pailles de moutarde.
Beuh, le café était dégueulasse.

mercredi 21 janvier 2004

De la sécurité aéroportuaire

Nous vivons une époque fooormidable. En certains lieux, inutile de tenter de péter de travers, au risque de se faire cribler de projectiles à haute vélocité et fort pouvoir intrusif. Sauf que l'humain est faillible.

Episode I : Roissy, zone internationale, accès à la zone d'embarquement. Mars 2003.
Les gabelous sont là, qui regardent les passeports de l'oeil exercé du professionnel qui, rien qu'au toucher, détectera la falsification. Les méchants tremblent déjà dans leur slip à l'idée de l'examen. Bref, on se sent protégé.
J'attends patiemment mon tour qui, peu à peu, se rapproche. Et hop, c'est à moi ! L'officiant me regarde, prend le document, l'ouvre, et me dit "Merci mademoiselle". Ce à quoi je suis obligé de répondre "Non, non, pas vraiment" en baissant ma voix d'une quinzaine d'octaves pour la rendre vraiment grave. Il relève la tête, se rend compte de sa méprise (tout de même !) et s'excuse platement. Et son collègue, à côté, qui dit en rigolant "Vous inquiétez pas monsieur, quand il est bourré il fait n'importe quoi".
Bref, on se sent protégé.

Episode II : Orly, accès à la zone d'embarquement. Janvier 2004.
J'arrive au contrôle, derrière une dame d'un âge certain. Nous papotons un peu, le temps que le passager précédent se fasse fouiller puisqu'il fait sonner le portique. La dame passe avec quelques difficultés (ça bipe aussi), je sors une vanne au contrôleur qui se marre, je mets mes affaires sur le tapis roulant pour qu'elles soient radiographiées et je passe le portique. Pas un bip, pas une explosion, rien, nickel.
Je reprends tout et vais m'assoir. L'avion n'est pas pour tout de suite. Puis je réalise, au bout d'un temps certain, que je n'ai pas de carte d'embarquement. En aparté, ça signifie que je n'aurais jamais dû passer le contrôle, il eût fallu qu'on me refoule illico.
Bref, je demande à ressortir de la zone d'embarquement. Regard inquiet de deux jeunes personnes très intéressantes à étudier (mais le sujet n'est pas là), c'est quoi ce zèbre (charmant, faut le dire) qui une fois rentré veut ressortir ? Quand je dis que je n'ai pas de carte d'embarquement et que je vais la chercher, c'est la panique. Défaillance de la sécurité ! Qui a laissé rentré cet individu (mécaniquement suspect) dans la zone super-protégée d'embarquement ? Et si j'avais déposé un p'tit cadeau, invisible à la radiographie, dans les locaux ? Terroristen !
Grâce au ciel, nous sommes en France. De l'autre côté de l'Atlantique, j'aurais fait un séjour d'une bonne journée dans une cellule d'interrogatoire, ils auraient vidé la zone, lâché les chiens, la totale quoi. Là, j'ai uniquement été accompagné par une (fort mignone) personne jusqu'au comptoir d'enregistrement. La présence des forces de sécurité à mes côtés m'a permis de court-circuiter toute la file d'attente. La damoiselle est restée avec moi jusqu'à mon entrée dans l'avion. J'ai ma garde du corps, que personne me fasse chier. Respect des autres passagers.

Graffiti

Bouhouhou... snirf. Ouiiiinnnn.
Tout cela pour dire que j'ai craqué, que je n'ai pas résisté à mes animales pulsions.
A ma décharge, j'ai tenu... hmmm... six bonnes années, voire même sept. Mais là, aujourd'hui, le démon qui sommeillait en moi s'est réveillé et a pris le contrôle de ma mimine, largement armée d'un feutre. J'ai grafité.
Certes, pas n'importe où. Sur une affichette qui trônait à la même place depuis ces sept longues années (belle performance, soit dit en passant).
Imaginez la scène. Toilettes dans un immeuble de bureaux (donc, propres et parfumées). A côté du trône où nous déversons heuuu ouais d'ac je coupe cette séquence. Donc, à côté du siège, une p'tite affiche : "La balayette ne mord pas, servez-vous en !"
J'ai ajouté mon commentaire.
"Pfff ces restrictions de budget ! C'était quand même mieux avec du papier".

- page 16 de 19 -