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jeudi 6 avril 2006

On n'échappe pas à son passé

Intéressante conférence, à la Fac de médecine, sur l'histoire de la médecine légale[1] dans notre belle région. Ainsi que sur ses évolutions récentes, de la thanatologie à la médecine en milieu carcéral en passant par la victimologie.

Il est clair que les médecins légistes ont un humour bien à eux. Pas forcément noir ni lugubre, juste... bien à eux. Ainsi, l'un des orateurs, en présentant les photos de la nouvelle salle d'autopsie (vide, je précise), a dit :

Nous sommes maintenant tout à fait aux normes d'hygiène et de sécurité usuelles. Les produits obtenus lors d'une autopsie seront bientôt propres à la consommation.

Une courbe présentée a attiré mon attention : celle des visites au service de victimologie (accueil et traitement des victimes de coups et blessures volontaires, souvent mais pas uniquement d'origine conjugale). En gros, le nombre de personnes reçues et traitées par ce service est en augmentation constante depuis 1993 (500 personnes dans l'année) jusqu'à aujourd'hui (entre 4000 et 4500). Et, car j'ai posé la question, ce n'est pas dû au fait que les victimes ont moins peur d'aller se signaler (ie, un niveau de violence constant mais plus de constats). L'augmentation de la violence directe sur des personnes physique est un paramètre important de notre évolution sociétale.
Sauf à deux reprises, où le nombre de personnes reçues par le service durant l'année fut inférieur à celui de l'année précédente. Devinette : quelles sont ces deux années ?

Notes

[1] Et ça vous étonne que j'aille à ce genre de conférences ?

dimanche 22 janvier 2006

Cosi fan tutte

Ca commençait pourtant mal : je n'avais pas de billet pour cette représentation. Lorsque j'ai vu, en arrivant à l'entrée du Théâtre, plusieurs personnes tenant à la main un feuillet sur lequel était écrit "Achète N places", mon moral a récédé de plusieurs crans. Le marché gris était à l'évidence épuisé, si tant est qu'il eût existé. Restait le marché blanc : la billetterie, pas tout à fait prise d'assaut mais presque. Je m'insère dans la file d'attente; devant moi, une dizaine de personnes - malgré ce nombre réduit, les espoirs sont minces. La même phrase de la guichetière revient sans cesse : "places chères et mal situées." Certains abandonnent, d'autres prennent, réduisant d'autant le stock libre. Première sonnerie, seconde sonnerie... Il est quinze heures moins une poignée de secondes lorsque mon tour vient. Ayant entendu plusieurs fois le même discours, je ne réitère pas la même question mais interroge pour la prochaine représentation, dimanche prochain. L'aimable dame me dit d'attendre sur le côté, ce que je m'apprête à faire.

A ce moment, de la porte d'à côté, un ouvreur entre et dit "M. X vient de libérer sa loge". Ma carte bancaire est sortie toute seule. Loge 5, en avant-scène. Au-dessus de la fosse, on ne voit que 80% de la scène. Mais... ne boudons pas le plaisir. C'est la loge du préfet, autant dire que les sièges sont bons, la vue imprenable sur les interprètes, et ils ne se sont pas si souvent que ça dérobés à mon regard.

Les premiers frissons sont apparus durant la seconde scène, mettant en jeu -j'en devine une qui ne sera pas surprise- Dorabella (Sophie Koch) et Fiordiligi (Tamar Iveri). Rhâââ. La voix veloutée mais d'une redoutable puissance, surtout à faible distance comme j'étais placé, de Sophie Koch m'a scié. Le plaisir jubilatoire ne m'a quitté qu'à la fin de la représentation. Je me suis surpris, à deux ou trois reprises, à en avoir le souffle court, presque coupé.

J'ai beaucoup apprécié Despina (Anne-Catherine Gillet), joyeuse, gouailleuse à souhait, qui donnait vraiment l'impression de s'amuser comme une folle dans son personnage. Mon seul regret a été la relative faiblesse de Ferrando (Tomislav Muzek) par rapport aux autres interprêtes. Ses solos étaient impeccables, pour autant que mes oreilles mal dégrossies me permettent pareil jugement. Mais dès qu'il chantait en compagnie de Don Alfonso (Carlos Chausson) ou de Guglielmo (Brett Polegato), il devenait inaudible.

jeudi 29 décembre 2005

La science avance, et c'est bien.

Je ne serai pas là cette semaine, je dois assister à un séminaire de recherche clinique sur les mutations et les remplacements synaptiques chez les intellectuels.

Pour la première fois au monde, nous allons pouvoir examiner en temps réel les modifications neurobiologiques induites dans l'hémisphère gauche chez un philosophe par l'écoute d'un album de Lorie.

Le protocole scientifique de cette étude a été validé au préalable par un aréopage dûment compétent. S'agissant d'une expérience dont certains mauvais esprits prétendent qu'elle pourrait être destructrice, il ne sera peut-être pas possible de la réitérer par la suite si ces esprits chagrins se révélent dans le vrai.

La sélection des sujets a été faite avec un soin tout particulier. A notre époque dissolue, il en est des philosophes comme des vierges : on sait à peu près ce que c'est, mais on n'en trouve jamais quand on en a besoin (je vous déconseille vivement de tenter l'invocation d'un démon du troisième niveau ou au-delà si vous ne disposez pas d'une vraie vierge à sacrifier). L'étude eût été entachée d'approximations inacceptables si, dans la population témoin, un seul non-philosophe réussissait à se glisser.

Initialement, le comité scientifique a utilisé une technique moderne : passer une annonce au journal télévisé, et dépouiller avec soin les candidatures. La réception subséquente de 34 278 623 lettres, dont 34 278 421 étaient signées d'un certain BHL et accompagnées chacune d'un livre (en aparté : si quelqu'un pouvait nous débarrasser de ces bouquins, ça nous arrangerait; e-bay a refusé qu'on les vende, prétextant une obscure règle de bienséance), a fait sentir au comité toute l'ampleur de sa tâche.

J'ai cru comprendre qu'ils ont revu leur stratégie de sélection, éliminant impitoyablement (malheureusement au sens figuré seulement) tout individu qui s'était approché de moins de 100 mètres d'un plateau télévision, et s'assurant à l'aide d'une batterie de tests tous plus subtils les uns que les autres que les sujets étaient de véritables philosophes. Riri-du-comptoir s'est révélé un assistant décisif dans cette phase.

Après tous ces efforts de sélection, nous allons pouvoir lancer l'expérience. Le groupe de philosophes a été divisé en deux, afin de pouvoir comparer ces deux populations. Chaque philosophe sera muni d'écouteurs, mais aucun ne saura dans quel groupe il se trouve. L'un des groupes écoutera du Lorie, l'autre aura seulement des sons aléatoires enregistrés lors d'un trajet pédestre dans les rues de la capitale. Tout est donc fait pour que personne ne puisse savoir s'il écoute du Lorie ou non.

Les résultats devraient être passionnants.


Ceci est ma participation (tardive, hors concours) au Sablier J-4 de l'éminentissime Kozlika .

vendredi 2 décembre 2005

Mignon carnet rose

On dira ce qu'on voudra, les blogueurs (et, pire encore, les blogueuses), ce sont des gens comme les autres, mais un peu plus. Donc, quand ils vous poignardent, même gentiment, ça fait plus bobo. Mais comme on les aime bien, on leur pardonne plus facilement.
Toute cette introduction pour dire que je me suis fait traiter de flemmard parce que je n'avais pas relaté la sortie Carnet Rose du 19/20 novembre.
Okette, je relate. Que dis-je, je cafte et je dénonce.

Tout d'abord, appeler une réunion de blogueurs Carnets Roses, c'est pas malin. Quand j'ai dit à la mère de l'Héritier (lequel était avec moi ce début de WE-là) que j'irais avec lui à un Carnet Rose, elle s'est vachement inquiétée. Peut-être les jeunes générations ne connaissent-elles pas l'expression Ballets roses, mais l'ancienne la connaît. Bref, premier éceuil éccueil écueil.

Le samedi soir, nous avions un repas collectif dans un couloir où il fallait choisir soit d'être enfumé, soit d'être gelé. C'est le seul regret que j'ai eu de cette soirée très enjouée, très agréable et même pas remplie que de blogueurs (50% environ). Heureusement, les nombreux et fréquents rires participaient à l'aération dudit couloir. D'ailleurs, les voisins (dans une graaaande salle) nous jetaient régulièrement des regards mi-étonnés, mi-suspicieux. C'est mieux que nous jeter des pierres ou des cacahouètes, faut le reconnaître.

Ensuite, pour l'Opéra, nous devions initialement être huit, mais seuls sept ont pu venir. Il restait donc un billet vacant. N'écoutant que ma bonne âme, juste avant la représentation (dimanche, 15 heures), j'ai tenté de revendre ce billet superfétatoire. Ca a donné un truc comme :
"Pssst... vous voulez un billet ? J'en ai un beau, pas cher, très bonne qualité.
- Racollage sur la voie publique, vos papiers SVP.
- Hé m'sieur l'agent c'est pas moi, c'est un type qui m'a mis ça dans la main, j'sais même pas ce que c'est que ce truc."

Du fait du beau temps, la clientèle potentielle était sans doute partie se promener, et le recyclage du billet fut impossible. J'abandonnai lorsque la sonnerie d'appel des derniers spectateurs a retenti. Après avoir gravi quelques dizaines de milliers de marches, j'ai rejoint le reste du groupe sur les sièges planches à clous bancs d'où nous allions assister au spectacle. J'étais à la frontière entre le groupe et le non-groupe. De l'autre côté de cette frontière, un couple âgé en apparence sympathique.

Le spectacle fut très bien. Vraiment. Si, si, je ne me moque pas du tout. Excellente prestation de Sophie Koch[1]. J'ai éprouvé, à divers moments, de réels frissons de plaisir/émotion (dont lors de Connais-tu le pays et sur la fin du 3ème acte). Y'a qu'un truc que j'ai pas trop pigé, c'est pourquoi l'un des personnages (Lothario) parlait en verlan serbo-croate. Parce que je n'ai absolument rien capté à ce qu'il disait.

Mes voisins du non-groupe étaient de mon avis, d'ailleurs la dame ne cessait de soupirer presque discrètement chaque fois que Lothario marmonait, et elle en profitait pour se battre avec son mari au sujet d'un seul éventail pour deux. A l'entracte (1er/2d acte) madame a fui avec l'éventail, au grand désespoir de son mari qui n'a pas manqué de s'en plaindre pendant l'entracte. Heureusement, sans doute prise de remords, madame est revenue alors que les lumières s'éteignaient et a eu la très bonne idée de ne pas rester (plus de soupirs, merci !) et de rendre l'éventail à monsieur. Qui, tout à sa victoire, s'est vigoureusement éventé durant le second acte, mettant en péril la soigneuse ordonnance de ma coiffure. S'étant (bêtement) foulé le poignet, il est parti à l'infirmerie au second entracte, ne revenant plus ensuite.

A la sortie du spectacle, nous échangeâmes nos impressions, qui toutes furent positives.

Entre les membres du groupe, le spectacle en lui-même, et les crèpes chez Samantdi ensuite, je n'ai aucune forme d'hésitation à dire que ce furent de très grands moments.

Je recommence quand vous voulez.

Notes

[1] Une conséquence directe, pour ma part, est que je vais aller voir Cosi fan tutte, fin janvier. Il semble qu'il y a toujours quelques vendeurs de billets-en-trop, j'ai mes chances de. Et si ça marche, je ferai peut-être bisquer mon amie la fée. Je ne suis pas au-dessus de certaines mesquineries.

jeudi 30 octobre 2003

Concert

Il faut un peu élever le débat, parfois, donc parlons un peu culture.
Hier (mercredi 29 octobre), concert. J'vous dirais pas de qui/quoi, parce que sinon vous pourrez facilement déterminer dans quelle région j'habite et ma parano rampante ne m'autorise pas ça.
Beau, beau, beau. A la fin, ma voisine, une amie de très longue date, m'a glissé à l'oreille "J'ignorais que tu étais capable de pleurer d'émotion sur de la musique; j'ai trouvé ça très troublant".
Ben oui, c'est comme ça. Mais le premier (ou la première) qui s'fout d'ma tronche pourrait bien découvrir le côté plus obscur du personnage. Non mais des fois.