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dimanche 10 février 2008

Trois cartes - et des rossignols

Que sont des émotions mitigées ? Jusqu'à présent, je n'en connaissais qu'une définition : c'est quand votre belle-mère se plante en essayant votre nouvelle Porsche. Je dois en ajouter une nouvelle, malheureusement moins compréhensible pour beaucoup : c'est d'assister à l'une des représentations de La Dame de Pique (Tchaikovsky/Pouchkine) qui se donne actuellement au Théâtre du Capitole. J'ai en effet oscillé entre l'enthousiasme le plus complet, genre hystérie des midinettes du premier rang d'un concert de Patrick Bruel, et la recherche frénétique de quelque légume en état de décomposition avancée pour le projeter sur scène.

A tout seigneur tout honneur, parlons d'abord de la mise en scène. M. Arnaud Bernard s'est fait huer pendant la première représentation et lorsqu'il a eu l'inconscience de se présenter sur scène à la fin, il s'est fait huer aujourd'hui, mais n'a pas réitéré la démarche hasardeuse d'affronter le public, opération dont, à en croire les commentaires durant les entractes et à la sortie, il n'eût pas été garanti qu'il y puisse survivre. Je suppose qu'il va se faire huer à chaque représentation.

Bien que l'essentiel des scènes se déroule dans des intérieurs de la très haute noblesse russe de la fin du 18ème siècle, dont on pourrait supposer qu'il s'agit d'un cadre raffiné, voire même luxueux, nous avons eu droit à un décor d'asile psychiatrique. La pièce débute d'ailleurs par une personne (Hermann) seule, assise sur une chaise blanche, vétu de blanc, dans un cadre tout de faïence blanche, genre salle-à-vomir que l'on peut nettoyer facilement au jet d'eau. Il n'y manquait que les bras attachés dans le dos et on y était. L'ensemble de la pièce était éclairé par des lumières allant du blafard au lugubre, sans couleurs, du blanc sur du blanc avec, pour changer, un peu de blanc.

Cela dit, ce décor sinistre aurait pu être oublié car, après tout, on vient aussi pour la pièce en elle-même. C'était sans compter sur M. Arnaud Bernard qui, dans le second acte, pour la pastorale de la Bergère Sincère, nous a quand même installé dans un intérieur des années 70 au grand complet, y compris la télévision noir et blanc allumée et la toile cirée sur la table, a fait intervenir un mafieu italien (le kit complet, avec la popeline en poil de chameau, les grosses lunettes, la valise bourrée de billets, le gros cigare, le chapeau noir à bande blanche et le garde du corps musclé), et faisait chanter les choeurs (et pas les interprêtes) en coulisses. Du grand n'improte quoi. Enfin, représenter la visite de la Tsarine Catherine la Grande par un homme travesti, en marcel, tutu transparent, et jarretelles, il fallait l'oser. Le public ne s'y est guère trompé, qui a hué.

Voilà donc pour la mise en scène, dont j'espère que celui qui a osé la commettre s'en retournera à un prudent anonymat qu'il n'eût jamais dû quitter.

Ensuite, je ne doute pas que Mme Raina Kabaivanska, qui tenait le rôle de la Comtesse, a eu une belle et grande carrière. Cependant, cette dernière est derrière elle, et pas depuis hier. Si l'on peut considérer comme judicieux de faire jouer le personnage d'une octogénaire par une interprète de plus de 70 ans, je me permets de très respectueusement faire remarquer que l'on va à l'opéra pour entendre quelque chose. Mme Kabaivanska n'a plus de voix, et ce ne sont pas ses jeux de scène qui vont compenser ce manque. Elle est inaudible (je soupçonne en outre le chef d'orchestre d'avoir fait baisser son ensemble durant la scène finale du second acte, pour laisser au public une mince chance d'ouïr quelque chose), sa voix fasèye comme une voile déchirée par la tempête, ondulant au gré d'une volonté qui n'est pas celle de l'interprête. Les applaudissements nourris dont elle fut honorée ne peuvent à mon avis s'expliquer que par la carrière de cette dame et par ce qu'elle fut jadis, mais pas par la prestation qu'elle nous a donné, ou plus exactement ne nous a pas donné, ce jour.

La scène de la mort de la Comtesse. Si vous avez d'autres références, je suis preneur. Je n'ai trouvé que celle-ci.

Je n'ai plus personne à habiller pour l'hiver. Quoi que, pendant que j'en parle, les costumes étaient un peu tristounets, ternes et bien peu en rapport avec la haute lignée, la fortune et le rang des personnages. Cependant, j'absous la costumière, il s'agit là d'un bien mince péché comparé aux précédents.

Sortons maintenant la boîte à compliments. Pour commencer, il en faut bien un qui s'y colle, ce sera le chef d'orchestre, Tugan Sokhiev. Chapeau bas, vraiment. Une maîtrise de son ensemble, ça coule, ça explose quand il faut, il y a de l'énergie, de la folie, de la douceur, de la rage... Très, très, très fort. Un Monsieur à suivre. Vu son jeune âge (il a 31 ans et incarne parfaitement le proverbe la valeur n'attend pas le nombre des années), je crois qu'il pourrait bien nous préparer de grands moments à l'avenir.

Ensuite, une dame, Barbara Haveman, qui tenait le personnage de Lisa. Les scènes avec Hermann, dont celle du suicide... arf. Dommage que la mise en scène... j'en ai déjà parlé, m'enfin quand même, représenter un suicide au bord de la Neva par des douches issues des pires cauchemars de nos années d'internat, c'est assez fort. Les interprêtes avaient bien du mérite de jouer dans un tel cadre. Pour revenir à Mme Haveman, sa voix et son jeu collaient très bien avec le personnage, ses doutes, ses peurs, sa folie suicidaire finale... Bravo.

M. Vladimir Chernov, qui jouait le Prince Eletski, ex-fiancé de la sus-citée Lisa et rival d'Hermann, n'a pas beaucoup l'occasion de montrer l'ensemble de son talent. C'est dommage, mais c'est le rôle qui veut ça. Heureusement, quelques passages permettent d'entendre cette voix pleine, qui manque un peu de chaleur, mais que peut-on attendre d'un amoureux déchu et éconduit ? Pour ma grande frustration, dans la dernière scène où, grâce au jeu et aux cartes il se venge d'Hermann, il se révèle inaudible, non pas de son fait mais de celui d'un charivari de soldats en goguette auxquel le metteur en scène a dû donner l'instruction de noyer tout élément sonore dans le bruit de leurs godillots frappés sur le sol.

Et enfin, enfin, M. Vladimir Galouzine, qui tenait Hermann. Im-pres-sion-nant. Une puissance de voix, liée à une maîtrise dans son usage, allant jusqu'à laisser toute la place nécessaire à ses partenaires, qu'il n'a jamais écrasés alors que cela lui eût été facile. Bravo, bravissimo. Rien d'autre à dire.


Les trois cartes du titre font référence à l'élément principal de l'intrigue. Il eût été plus juste de parler d'un carré d'as.

mercredi 24 octobre 2007

Et de deux...

Dimanche dernier, c'était la seconde itération (pour la saison 2007/2008) des Cantates sans filet jouées par l'Ensemble Baroque de Toulouse. Je n'ai aucune vergogne à donner mon avis, quand bien même ma compétence en la matière frise le zéro absolu. Un blog, ça sert à ça. Et toc.

Bon alors pour commencer, il faut se rappeler

  • que les musiciens ont travaillé individuellement leur partition,
  • qu'il y a environ 90 minutes d'intégration et de réglages avant le concert proprement dit,
  • que le chef d'orchestre fait ses remarques au micro, autant pour l'orchestre que pour l'édification de toute l'assemblée, et
  • que personne n'est là pour se prendre la tête.

Cela dit, j'aime pas trop qu'on me prenne pour une nouille. Parce que c'est bien gentil, les dialogues entre le chef d'orchestre et certains intreprètes, genre Non là cette note elle est pas possible, ce devrait plutôt être telle autre note ou bien Hmmm à tel endroit, tu me rajoutes un ré, ça passera mieux mais hein faut pas vous la jouer non plus. Vous aviez l'air vachement satisfaits de vos modifications, mais j'ai bien écouté, il n'y avait aucune différence cré nom d'un p'tit bonhomme. Alors on m'la fait pas à moi taratata.

Et puis ces instruments de la mort que vous nous sortez, comme le hautbois de chasse de dimanche dernier ou je ne sais plus quelle flûte la fois précédente. Vous croyez que je viens à ces concerts pour mesurer toute l'étendue de mon inculture musicale ? Tsss.

Après ces remarques liminaires qui me paraissent bien utiles afin d'éviter que pareilles erreurs ne se reproduisent...

C'est bluffant, ce truc. Vraiment. Outre que les cantates peuvent être superbes (le premier passage de celle de dimanche dernier était magnifique, avec un thème au violon d'une grande beauté), les instrumentistes, les choristes, les solistes et le chef d'orchestre sont vraiment bons. Voir l'assemblage de la cantate, écouter les différences entre un premier jet et celui corrigé par le chef d'orchestre, sont des expériences assez uniques... Ainsi, dimanche, il y avait un passage où deux flûtes différentes devaient jouer à l'unisson, alors qu'elles ne sont pas accordées de la même façon (si j'ai tout bien compris). Le premier jet avait quelques dissonnances désagréables, mais le second (et le jeu final durant le concert proprement dit) furent... hmmm... j'en frissonne encore.

Les solistes sont remarquables. Dimanche dernier, nous avions un solo de haute-contre (première fois que j'entendais ce registre, en solo en tout cas) qui valait le détour (ce qui ne signifie pas que la soprano et le ténor n'ont pas été bons; ce sont juste des registres qu'on entend plus souvent).

Et enfin, parce que ça fait partie de la tradition, le dernier choeur est toujours répété puis chanté avec le public (ceux qui le veulent bien). Ca fait un drôle d'effet de ne plus être devant la musique mais dedans.

Bref, si vous avez deux heures de libres, la prochaine c'est le 18 novembre, je ne saurais que trop vous encourager à venir.

lundi 18 juin 2007

Vous faites quelque chose ces 25 prochaines années ?

L'idée est suffisamment frappée pour me plaire. En plus, c'est du Bach. Evidemment, je l'apprends un peu tard puisque ça a commencé depuis janvier dernier. On a beau être connecté, parfois les informations n'arrivent pas aussi vite qu'on le voudrait. Mais pour la rentrée prochaine, j'y serai !

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lundi 10 avril 2006

Gorge profonde - deep throat

Bien que curieux de plein de choses en la matière, n'allant toutefois pas jusqu'aux expériences extrêmes, je dois avouer n'avoir jamais vécu cette expérience-ci, jusqu'au 21 mars dernier où cette lacune fut comblée.

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dimanche 9 avril 2006

A voir, si vous pouvez...

The Couple Le 28 mars dernier, j'ai assisté à la première de The Couple qui, comme le titre l'indique, est l'histoire d'un couple. Que l'on pourrait considérer comme quelque peu mal assorti mais, l'Amour étant aveugle, tout sera bien qui finira bien - après toutefois près de 90 minutes de scènes de ménage diverses et variées, mais particulièrement vives et animées. Seul critique, inhérente à une première : les acteurs (et plus particulièrement René-Marc Guedj) donnaient par moments l'impression de réciter leur texte plus qu'autre chose. Je pense que maintenant, puisque cela fait près de deux semaines qu'ils la jouent, ce défaut a dû disparaître. On peut y aller en couple, mais soyez prévenus : vous allez obligatoirement vous reconnaître et -surtout- reconnaître votre moitié à un moment ou à un autre.

La Valse des fonctionnaires Vu aujourd'hui La Valse des Fonctionnaires, qui joue les prolongations puisque ce devait être uniquement en février, puis ça a grignoté mars, et ça continue sur les week-ends d'avril. Là, le spectacle est rôdé (René-Marc Guedj y joue aussi), et il n'y a pas de défaut apparent (si, juste un : si vous y emmenez un gamin, comme je l'ai fait, assurez-vous qu'il a reçu une éducation non expurgée[1] ou bouchez-lui les oreilles régulièrement; sinon, vous risquez d'avoir beaucoup de questions sur des points assez précis concernant non pas la reproduction humaine per se, mais les diverses activités qui peuvent in fine y amener). Comme le titre le laisse penser, il s'agit d'une journée de travail (tousse tousse) dans une administration. C'est caricatural, évidemment, caustique, mais vraiment très drôle. A déconseiller toutefois aux fonctionnaires non dotés d'humour. Pour les autres (et je sais d'expérience qu'il en existe), je suis sûr que vous trouverez ça très amusant aussi.

Si ces pièces passent près de chez vous, je ne saurais que trop vous les conseiller. Si vous pouvez n'en voir qu'une seule, c'est La Valse des Fonctionnaires qui aura ma préférence.

Et si l'un ou l'une d'entre vous a les coordonnées de Lila Valentine (interprète de The Couple) ou Stéphanie Villanti (interprète de La Valse des Fonctionnaires), je suis preneur. Des coordonnées.

Notes

[1] J'ignorais que le mien connaissait déjà -à 14 ans- le terme cunnilingus et ce que cela signifie exactement.