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jeudi 27 novembre 2003

Banale histoire de plomberie

Il est possible que vous ne le sachiez pas encore, mais je donne des cours dans plusieurs facs/IUP/écoles d'ingénieur de la région. Plus par passion qu'autre chose. J'aime beaucoup transmettre le peu que je sais. Bref, cet après-midi je faisais le clown sur une estrade devant 40 clampins tellement jeunes qu'on se demande parfois où ils ont posé leur tétine.
Horaire, 14 à 17 heures. Qui dit début à 14 heures dit, pour moi, repas dans le coin histoire d'être sur place. Et qui dit repas dit, évidemment, café en fin de repas.
Erreur, James, erreur. Le café, produit que j'affectionne particulièrement, a sur mon organisme un effet diurétique très particulier. En gros, une tasse de café provoque, une heure après, un besoin pressant dont le volume n'a rien, mais alors vraiment rien à voir avec celui de la tasse de café. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je bois deux tasses de café au maximum chaque jour, sinon je passerai mon temps à vidanger.
Donc vers 15 heures, je commence à ressentir les joyeux appels de Mère Nature. Qu'à cela ne tienne, la pause est prévue pour la demie, 30 minutes c'est pas la mort. Certes, c'est pas la mort, mais c'est pas la joie non plus. Et, devant 40 clampins, il est difficile de se mettre à se tortiller pour faire passer l'envie et tout ça. Il faut rester digne, l'air de rien.
Bref, 15:30, je décrète la pause. Ca ne rate pas, trois ou quatre étudiants me tombent dessus pour me poser des questions. Je serre les dents et pleins de muscles de la région sous-abdominale et je discute tranquillement. 15:45, ouf, plus de questions, je sors de la salle de cours et me dirige vers les toilettes les plus proches. Sans courir, ça ne le ferait pas du tout.
J'arrive devant la porte, avec un léger élan, ne m'attendant à rien d'autre que ce que la porte est supposée faire, c'est-à-dire s'ouvrir. Et je me ratatine dessus. Verrouillée. Dans cette fac, les étudiants sont forcément des gros sales pas propres, on va quand meme pas les autoriser à se soulager dans la même faience que les profs.
Travaux aidant, les toilettes des étudiants ont été déplacées et je ne sais pas où elles sont. Il me faut donc une clé, et vite. J'avise le secrétariat le plus proche et j'y signale mes besoins (sans mauvais jeux de mots, non non). La secrétaire me regarde de l'air heuuu je dirais d'un air laissant imaginer de vastes étendues vierges de toute vie et surtout de toute intelligence.
"Mais monsieur, nous ne vous connaissons pas, pourquoi vous prèterions-nous une clé ?"
Je tente d'expliquer que je suis intervenant extérieur, gnagnagna... Rien à faire. Autant essayer de danser un tango avec un éléphant. Il faut donc que j'aille au secrétariat de la formation qui me fait intervenir. Lequel est situé dans un autre bâtiment.
La traversée de la cour étant réalisée sous l'oeil des élèves, elle doit être faite à un pas tout sénatorial. Dignité professorale oblige. James Bond a une volonté de fer, elle a pour l'occasion été mise à dure épreuve. Un escalier à monter, la secrétaire est là, génial, j'expose mon problème.
Et elle me répond (gentiment) "Je ne peux pas vous aider, car je n'ai que la clé des toilettes dames".
Gniiiiii....
Finalement, devant mon amicale insistance, elle ira dans un bureau voisin chercher un double du passe pour les toilettes des hommes. Yessss, muni de ce sésame, je me précipite (avec lenteur) vers les plus proches toilettes où, enfin, je vais pouvoir satisfaire les honteuses exigences d'une nature animale quelque peu malmenée.
Un avant-goût du paradis.

mercredi 26 novembre 2003

Le cou

Devant la lourde insistance d'une foule de carnetières vociférantes, constituée très exactement d'une seule personne (elle se reconnaîtra), je reprends mes petites fiches techniques. Nous avons abordé la tête et le visage, passons donc au cou.
Le cou est un tube. Mou et fragile d'un coté (devant, vous l'aurez sans doute deviné), plutot résistant ailleurs. Principe de base : moult précautions. N'allez surtout pas étrangler votre partenaire, c'est pas du jeu.
Je travaille le cou en étant dans le dos de la patiente. Soit elle est assise sur une chaise, soit elle est allongée sur le ventre. Il y a probablement d'autres possibilités, mais celles-ci sont les plus classiques.
Etre dans le dos a l'avantage que le bout de mes doigts n'arrive guère plus loin que sur les côtés du cou. Si on ne fait vraiment pas attention, on comprime un peu la trachée, mais sans que cela puisse devenir dangereux. Cela dit, il faut faire très attention. Encore plus si vous avez des doigts longs.
Il est conseillé de mettre la nuque en extension, en demandant à la patiente de pencher un peu la tête vers l'avant.
Le travail n'est pas bien complexe. Pour l'essentiel, il se fait du bout des pouces et du haut de la paume (amorce du poignet), de manière symétrique, en commençant à la base du crâne et en descendant. Les autres doigts restent très légers sur la peau, plus une caresse qu'autre chose. Les pouces sont fermes. On masse ainsi la "face arrière" du cou, qui est la plus musclée. Les pouces, travaillant de concert chacun d'un côté de la colonne, couvrent l'ensemble de la zone en un minimum de mouvements. Bon, ça prend bien 5 minutes quand même.
Une fois cette face arrière traitée, on reprend le même travail mais du bout des doigts, légers, comme des ailes de papillon. C'est plus laisser traîner les doigts sur la peau qu'autre chose. Ca, c'est pour détendre. J'ignore si ça a un effet réel sur les muscles, mais sur la personne massée c'est généralement efficace. Les mouvements se font alors de la base du crâne vers le dos, de la colonne vers l'extérieur, symétriques à droite et à gauche.
Une fois le massage terminé, c'est le masseur qui relève la tête de la patiente, et non pas elle qui fait l'effort musculaire pour la relever. Ca évite de contracter trop rapidement les muscles, même s'ils vont tout de suite être sollicités pour maintenir la tête.
On peut, de même que l'on a caressé l'arrière du cou, caresser les côtés voire l'avant. Des caresses, très légères, très lentes, très douces. Surtout aucune force.

lundi 24 novembre 2003

Fonctionnaires, vous faites tout pour que je ne vous aime pas

Quand je dis "fonctionnaire", je ne vise pas la fonction publique en général. Juste les ceusses que la vie m'oblige parfois à cotoyer.
Là, je viens de recevoir un coup de téléphone de ma joyeuse mairie provinciale. Du service d'urbanisme plus particulièrement. Qui me dit, en substance, hahaha on se marre d'avance
"Nous vous signalons que depuis deux semaines, votre habitation est en zone classée. Donc, la demande de travaux que nous avons acceptée il y a trois semaines n'est plus valable, et vous ne pouvez plus faire ceci ni cela."
Merci madame, c'est gentil. Et les produits qui sont en fabrication, pour lesquels j'ai déjà payé des acomptes, j'en fais quoi ?
Y'a des fois où je me permets sincèrement de mettre en doute la parole de l'Etat et de l'Administration. Spécialiste de la remise en cause de ce qui a été signé et accepté auparavant.
Haine basique et viscérale, je sais.

mardi 18 novembre 2003

Petite gaffe entre amis

Un client m'appelle pour me dire que, si je veux être réglé, il faut que j'aille retirer des papiers à son service administratif. Là on rigole plus, les sous c'est sacré donc je fais une visite au service en question.
Au moment de me donner les documents en question, la charmante jeune femme qui m'a accueilli me demande
"Vous êtes fonctionnaire ?"
Mécaniquement, je réponds
"Non, non, je travaille".
Le client en question est une grosse administration. Il n'y a _que_ des fonctionnaires là-dedans. La charmante jeune femme a moyennement apprécié le lapsus. Damned.

dimanche 16 novembre 2003

James Bond reçoit

C'est connu, à la fin de chaque mission difficile on retrouve James Bond entouré d'accortes damoiselles. Je ne pouvais donc que respecter ce scénario classique, mais toujours d'actualité.
Ayant presque terminé une partie de mes herculéens travaux de bricolage, j'ai décidé cette semaine d'inviter. Je le fais de temps à autres et, si ma table n'est pas recherchée comme celle d'un grand restaurant, il est rare que mes invitations soient refusées. Paske James Bond est aussi doué en cuisine qu'en plein d'autres choses.
Créneau de tir : samedi soir. Courses le vendredi en fin de journée, certains plats devant être préparés la veille. Deux entrées, salade d'oranges et raita, deux plats, nems et poulet tandoori. Le dessert est amené par les invités.
Le poulet doit mariner, il est préparé le vendredi soir. Les nems m'occuperont la majeure partie de samedi après-midi. Bref, déroulement nominal, tout est prêt lorsque les 6 invitées arrivent. Six nanas pour un seul mec, ça va encore jaser. M'en fiche.
Le feu brûle joyeusement dans la cheminée de la cuisine, l'ambiance est rapidement très conviviale même si trois des invitées me sont inconnues (des amies d'amies). Nous finissons par passer à table, après tout on est là pour ça. Les entrées rencontrent un vif succès. Deux de mes convives attendent avec impatience les nems, qu'elles ont déjà goutés dans d'autres occasions. Les quatre autres semblent plus portées sur le poulet tandoori, sur lequel je reconnais ouvertement débuter.
"Si j'en crois l'odeur, ça promet une réussite", dit l'une de mes hôtes, fine connaisseur (ça fait bizarre, je le reconnais, mais connaisseuse est encore pire) de l'Inde. Et elle s'érige donc en goûteuse officielle lorsque le plat, sortant fumant du four, arrive sur la table.
Un peu de riz blanc à côté, une aile de poulet... elle attaque... une bouchée, largement tartinée de sauce, soupir épanoui d'appréciation gastronomique. La seconde bouchée passe, la troisième est au bout de la fourchette, elle monte déjà vers la bouche...
Et le geste se bloque, comme une machine soudainement grippée.
"Ca ne va pas ?" demandé-je, soucieux du bien-être de mes hôtes. Je regarde cette charmante damoiselle, et je vois ses yeux embués de larmes. Hmmm bon j'veux bien être un cuisinier pas totalement nullos, mais de là à en faire pleurer de bonheur quelqu'un, il y a des limites. Y'a un problème quelque part.
Ses gestes sont sans ambiguité aucune. Ca chauffe, et cela ne vient pas du feu de bois. Elle ne réussit plus à parler, prend du riz, un peu de pain, un peu d'eau pour calmer l'incendie buccal. Tousse, tente d'aspirer de l'air à travers la bouche entr'ouverte puis, toute honte bue, bouche grande ouverte (mais cachée par une serviette; mes invitées savent se tenir).
C'est une toute, toute petite voix qu'elle dit "C'est super bon, mais tu y as été un peu fort sur les épices dans la sauce. Et l'effet n'apparaît pas tout de suite."
La suite du repas se passera bien, une fois que tous (moi y compris; j'ai testé, et je confirme, ça brûûûûle) auront adopté la tactique de ne manger que le poulet, sans sauce ajoutée, et avec du riz. Ou de s'en tenir aux nems, pour les plus pusillanimes.
A l'évidence, j'ai inventé une nouvelle arme, le poulet tandoori-lance flammes à retardement. Radical pour clouer le bec à des fâcheux bavards. A réutiliser si un jour je reçois des politiciens.
Note : dans M*A*S*H, l'une des héroines est surnommée Lèvres-de-feu. Ben on aurait aussi pu la refaire ici, pour des raisons différentes.